Les Grecs accusaient le coup mardi des nouvelles mesures de redressement des finances décidées par le gouvernement pour tenter de reprendre le contrôle de la dette publique, dénoncées tant par les syndicats que par la droite.

Publié le 24 mai 2011
Catherine Boitard AGENCE FRANCE-PRESSE

Mardi matin, une banderole proclamant «La Grèce n'est pas à vendre» a été brièvement déroulée sur la colonnade du parlement par des députés socialistes dissidents pour protester contre les privatisations immédiates, et les nouvelles mesures d'austérité annoncées lundi.

«Nous riposterons dans la rue, il ne s'agit pas d'un paquet de sauvetage, mais d'une braderie, c'est une recette de récession, sans aucune issue», a déclaré à l'AFP Stathis Anestis, secrétaire général adjoint du syndicat du privé (GSEE).

L'autre centrale, Adedy, représentant le public, a appelé mardi à une manifestation le 4 juin et «une grève générale» dans la foulée. Selon ce syndicat, «le niveau de vie des classes moyennes et modestes va être amputé de 20%».

Des employés de la Banque postale (TT), vouée à privatisation «immédiate», ont occupé leur siège athénien.

Le nouveau plan présenté lundi, sous pression des créanciers du pays, UE et FMI, et pour contenir la crise de l'euro, associe la vente des «bijoux de famille», dont les télécoms et les ports, à de nouvelles hausses d'impôt et coupes dans certaines pensions et prestations sociales.

L'objectif, un an après une première cure de rigueur qui a aggravé la récession et fait grimper le chômage à près de 16%, est de convaincre bailleurs de fonds et marchés d'accorder un nouveau répit au pays pour gérer, sans restructuration, une dette de 354 milliards d'euros, caracolant à plus de 150% du PIB.

Athènes négocie tant le versement de la cinquième tranche du prêt de 110 milliards que lui ont consenti zone euro et FMI en mai 2010, qu'une éventuelle rallonge de cette perfusion, au vu des taux prohibitifs que les marchés lui opposent pour se refinancer.

Pour le journal Ethnos (socialiste), la cure, qui doit être précisée ces prochains jours, provoque «choc et effroi». Son concurrent de droite, Elefthéros Typos, dénonce «une recette de paupérisation, chant du cygne du premier ministre».

«Il fallait privatiser et réformer plus vite, à force de traîner, le gouvernement a alourdi l'addition fiscale, et il n'est pas dans une position de force pour marchander avec les repreneurs», a estimé pour l'AFP Angelos Tsakanikas, chercheur au centre de réflexion patronal IOBE (The Foundation for Economic & Industrial Research).

«Réservé» sur le succès du plan, il n'y voyait pourtant «pas d'alternative»: «j'imagine que les Grecs vont le subir, mais au prix cette fois d'un véritable coût politique pour la majorité socialiste».

Pourtant pressé par sa famille politique européenne de soutenir l'effort, le chef de l'opposition de droite, Antonis Samaras, a dénoncé une «recette erronée», qui «paralyse» et englue l'économie dans la récession, après un entretien avec le premier ministre, Georges Papandréou.

L'opposition communiste et de gauche radicale a également réaffirmé son total refus de soutenir le plan gouvernemental, en dépit des pressions de Bruxelles pour un consensus national sur le modèle portugais.

«Je m'attends à des protestations, mais plutôt en forme de baroud d'honneur, vu l'inefficacité et la corruption qui nous empêchent de travailler, passer au privé peut-être une solution», tempérait toutefois un cadre du port du Pirée.

Mais il reconnaissait que «pour les techniciens et administratifs, en surnombre notoire, cela va être très dur», le gouvernement n'excluant plus désormais des limogeages d'employés publics.