Les ministres de l'Agriculture des grands pays industrialisés et émergents, membres du Groupe des 20 (G20), rapprochaient vendredi leurs positions à Buenos Aires en vue d'un accord pour combattre la spéculation financière sur les aliments.

Publié le 20 mai 2011
Indalecio Alvarez AGENCE FRANCE-PRESSE

«J'ai le sentiment que nous sommes en train de progresser vers un consensus sur un plan d'action qui pourrait être adopté le 21, 22 et 23 juin à Paris, à l'occasion de la réunion des ministres de l'Agriculture du G20», a dit jeudi soir le ministre français de l'Agriculture, Bruno Le Maire.

De son côté, le ministre argentin de l'Agriculture, Amado Boudou, a reconnu que «la volatilité des prix des matières premières avait pour origine le jeu financier à court terme, qui sans aucun doute a besoin d'une plus grande régulation». «Nous sommes d'accord là-dessus», a-t-il dit.

Les ministres débattaient vendredi pour la deuxième journée consécutive en Argentine de la hausse des prix alimentaires et de la nécessité ou non de réguler le marché, alors que l'agriculture est une priorité de la présidence française du G20.

Les pays émergents, dont le Brésil et l'Argentine, avaient allumé des contre-feux au cours des derniers mois, en mettant la France en garde contre toute tentative de limiter les prix agricoles.

Un haut fonctionnaire brésilien avait toutefois déclaré en avril, à l'issue d'une visite de M. Le Maire, que le Brésil «ne soutiendrait aucune proposition visant à un contrôle des prix, mais était d'accord sur la nécessité de fixer des règles plus claires pour le marché agricole».

M. Le Maire a réaffirmé jeudi que la France n'avait aucune l'intention de limiter les prix.

«La France ne souhaite en aucun cas limiter les prix des matières agricoles, si les prix montent, tant mieux pour les producteurs, ce que nous voulons combattre c'est la volatilité excessive des prix et la spéculation financière sur les matières premières», a-t-il souligné.

Son homologue argentin, Julian Dominguez a immédiatement jugé «la clarification du ministre français très importante».

«Nous sommes tombés d'accord sur les grandes lignes d'un plan d'action», a dit le ministre français, à l'issue d'un entretien avec M. Dominguez, avant de préciser que le plan proposé par Paris avait «cinq points».

Il s'agit de «réinvestir dans l'agriculture pour gagner en autonomie agricole», «mettre en place avec une banque de données conjointe pour gagner en transparence», «créer un mécanisme de réaction rapide» face aux crises, «traiter la volatilité des prix pour les pays les plus vulnérables en développant des réserves humanitaires d'urgence» et adopter les «mêmes outils de régulation financière que tous les autres marchés financiers».

La France a plaidé pour «une nouvelle gouvernance pour l'agriculture à l'échelle de la planète»

«Nous sommes tombés d'accord sur les grandes lignes d'un plan d'action» pour une plus grande transparence du marché et une meilleure régulation des prix, qui devrait être présenté fin juin par la présidence française lors d'une réunion des ministres d'Agriculture du G20, a précisé M. Le Maire.

Le gouvernement argentin considère que le problème des matières premières est lié à une demande soutenue en produits alimentaires dans le monde et qu'il faut accroître l'offre et non réguler les prix.

Dans dix ans, la population mondiale doit atteindre 9,2 milliards d'habitants et il faudra augmenter de 70% la production d'aliments pour éviter des «émeutes de la faim», selon la FAO et le G20.

Ces discussions précèdent une réunion des ministres du G20 qui s'efforceront de coordonner les politiques des pays industrialisés et émergents, avant le sommet des chefs d'État et de gouvernement prévu en novembre à Cannes, en France.