L'Europe se prépare à une période difficile dans les semaines à venir pour gérer le cas du Portugal, menacé de devoir rapidement demander une aide financière, alors que la crise de la dette a pris dans ce pays comme en Grèce et en Irlande une tournure politique.

Publié le 25 mars 2011
Sophie Laubie AGENCE FRANCE-PRESSE

«Si le Portugal devait nous demander de l'aide, et je n'ai aucune raison de penser que cela va se produire, le parapluie financier que nous avons mis en place suffira», a assuré vendredi le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, au deuxième jour d'un sommet européen à Bruxelles.

Le déclenchement d'un éventuel plan d'aide au Portugal n'est pas attendu à court terme. Mais la menace pèse désormais clairement sur la zone euro, replongée dans une zone de turbulences.

Les chefs d'État et de gouvernement de l'UE ont multiplié lors du sommet les déclarations rassurantes, indiquant être prêts sous condition à aider Lisbonne. M. Juncker a même évoqué un montant possible de 75 milliards d'euros.

Une façon de tenter de rassurer les marchés, après la démission mercredi du premier ministre portugais José Socrates, qui a pris acte du rejet par le parlement d'un nouveau programme d'austérité censé éviter au pays un plan d'aide international.

L'incertitude devrait durer plusieurs semaines, car le Portugal s'avance vers des élections anticipées.

Si le président portugais Anibal Cavaco Silva convoque ce scrutin, il n'aura lieu que 55 jours plus tard comme prévu par la constitution, ce qui reporterait d'autant tout plan de sauvetage.

«Je m'attends à ce que le Portugal ne demande pas d'aide avant les élections qui devraient avoir lieu fin mai ou début juin», a du reste indiqué un responsable de la Commission européenne sous couvert d'anonymat.

Mais la pression des marchés augmente: les agences de notation Standard & Poor's et Fitch ont tour à tour abaissé de deux crans la note de la dette souveraine du Portugal, entraînant les taux auxquels Lisbonne emprunte sur le marché obligataire à de nouveaux niveaux record vendredi.

Or, le Portugal doit faire face à deux importantes échéances: il doit refinancer plus de 4,2 milliards d'euros à la mi-avril et près de 4,9 milliards le 15 juin.

Les besoins devraient être couverts en avril, même à un taux très élevé, mais plus difficilement en juin, selon des analystes, renforçant à ce moment-là la probabilité d'une demande d'aide.

Dans le même temps, le dernier mot n'est pas dit. Après les élections, le Portugal «aura alors un gouvernement majoritaire au Parlement qui sera en meilleure position pour appliquer des mesures d'austérité» et peut-être éviter le plan d'aide, suggère le responsable de la Commission.

En attendant, les Européens se retrouvent à nouveau face à une crise politique dans un pays de la zone euro qui s'ajoute à celle de la dette.

Déjà, elle avait fait chuter le gouvernement du conservateur Costas Caramanlis en Grèce en octobre 2009 et le mois dernier le gouvernement de Brian Cowen en Irlande.

Avec le Portugal, c'est un nouveau «gouvernement de l'UE qui tombe victime des programmes d'ajustement et ce n'est pas un bon signal», souligne un diplomate européen de haut rang.

La crise actuelle «a commencé par une crise bancaire, puis c'est devenu une crise économique, une crise sociale, pour l'emploi particulièrement, et c'est devenu aujourd'hui une crise politique», analyse le premier ministre belge, Yves Leterme.

Les partis populistes eurosceptiques ou europhobes profitent aussi partout en Europe de la situation en grimpant dans les sondages, comme en Finlande avec le parti nationaliste des Vrais Finlandais, ou en France avec le Front national qui demande une sortie de l'euro.