Plusieurs responsables européens ont exhorté jeudi le Portugal à maintenir l'objectif d'une forte réduction de son déficit, malgré la crise politique, se disant prêts si nécessaire à aider financièrement le pays, à l'instar de la Grèce et de l'Irlande en 2010.

Mis à jour le 24 mars 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

«On est évidemment prêts à intervenir et aider, mais il faut d'abord une demande du Portugal», a déclaré le ministre belge des Finances Didier Reynders, avant un sommet des dirigeants des 27 pays de l'Union européenne prévu pour s'ouvrir vers midi (heure de Montréal).

«J'ai toujours pensé qu'il était peut-être même utile d'organiser une aide, simplement parce que ça permet de payer moins de charges sur la dette (...) et de moins demander d'efforts, parfois très lourds, à la population», a-t-il ajouté.

«S'il y a une demande du Portugal, nous nous tiendrons prêts à intervenir. Il faudra pour cela un plan» négocié avec le Portugal «pour revenir à une meilleure situation des finances publiques, et une demande d'activer le fonds européen», a encore insisté M. Reynders, en marge d'une rencontre des Libéraux européens.

«Heureusement pour le Portugal nous avons mobilisé toutes les ressources dont nous disposons à présent,» a souligné pour sa part le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, en marge d'une réunion distincte des partis de centre-droit et de droite.

«Nous avons la capacité disponible pour aider le Portugal s'il nous le demande, mais il est trop tôt pour le dire», a-t-il ajouté.

Son homologue néerlandais Marke Rutte s'est dit «très préoccupé» par la situation. Il a averti que toute aide ne pourrait être débloquée qu'en échange de mesures strictes pour réduire le déficit public portugais. «Cela constitue toujours une forme de pré-condition pour que l'Europe apporte son aide», a-t-il dit.

A ce sujet, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a jugé jeudi «indispensable» que le Portugal maintienne les efforts budgétaires prévus en matière de réduction du déficit et de réformes.

«Il est clair que le Portugal doit faire de nouvelles économies» budgétaires, a renchéri le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker.

Le premier ministre José Socrates a présenté mercredi soir sa démission, prenant acte du rejet à la chambre des députés d'un nouveau programme d'austérité censé éviter au pays de demander l'aide internationale.

Les nouvelles mesures d'austérité qu'il avait présentées, afin de «garantir» une réduction du déficit public à 4,6% du PIB en 2011, puis à 3% dès 2012 et à 2% en 2013, avaient été soutenues par les dirigeants de zone euro le 11 mars.

Le chef de file de l'opposition, président du Parti social-démocrate portugais (PSD, centre-droit), Pedro Passos Coelho, a dit pour sa part à Bruxelles «espérer» que son pays puisse éviter de recourir à un plan d'aide financier.

Il ne conteste pas les objectifs de réduction du déficit de M. Socrates, négocié avec les autorités européennes. Mais il plaide pour des mesures différentes afin d'y parvenir. Et il conteste au premier ministre démissionnaire tout pouvoir pour négocier un quelconque plan d'aide à Bruxelles pendant le sommet de l'UE.

Aucune décision sur le déclenchement d'un plan d'aide au Portugal n'est attendue à l'occasion de cette réunion qui s'achèvera vendredi. Même si en coulisse il devrait être très largement question de la crise au Portugal, qui menace à nouveau la stabilité de la zone euro.

Les sommes évoquées pour un éventuel programme de prêts de l'UE et du FMI pour le Portugal vont jusqu'à 100 milliards d'euros. La Grèce avait reçu 110 milliards d'euros et l'Irlande 85 milliards d'euros.