Les Estoniens ont commencé à utiliser samedi leur nouvelle monnaie, l'euro, adopté à minuit, après avoir dit adieu à leur couronne, symbole de la réussite de leur pays après la séparation de l'URSS il y a presque 20 ans. L'Estonie devient ainsi le 17e pays de l'Union européenne à adopter la monnaie unique.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Lorsque nous sommes passés du rouble à notre couronne, j'ai pleuré comme la plupart des Estoniens ce jour-là. Aujourd'hui, de telles émotions sont absentes, il y a juste un sentiment neutre», a déclaré samedi à l'AFP Sirje Kaart, 46 ans, après avoir retiré son premier billet libellé en euro dans un distributeur installé dans le centre de Tallinn.

Même si la couronne est restée dans son coeur, elle soutient le passage à l'euro qui a fait de l'Estonie le 17e pays à avoir adopté la monnaie commune.

«Sur certains points j'étais pessimiste en ce qui concerne l'euro, partiellement à cause des informations sur la crise financière en Grèce et en Irlande, mais actuellement je suis pour l'euro», a-t-elle dit.

«Je veux croire qu'il aura un effet favorable sur notre économie comme le dit le gouvernement et que cela facilitera les voyages», a-t-elle ajouté.

Informés depuis longtemps des modalité du passage à l'euro, les Estoniens ne pensent pas avoir de problèmes avec la conversion. «Nous disposons depuis longtemps des informations sur l'euro et son système de sécurité, et il n'y a aucun problème dans ce domaine», a déclaré à l'AFP Andrina Treumund, vendeuse dans un magasin de souvenirs du centre de Tallinn.

Passage en douceur

Du point de vue technique, le passage s'est fait en douceur.

«Tout s'est bien passé parce que les préparatifs se sont bien déroulés», s'est réjoui Riho Unt, président de l'Association des banques d'Estonie, lors d'une conférence de presse samedi matin.

«Lorsque nous avons ouvert les agences bancaires aujourd'hui, il n'y avait plus de files d'attente. Il n'y avait plus de files d'attente devant les distributeurs. Les gens semblent avoir adopté une attitude très tranquille et il semble qu'ils préfèrent utiliser les cartes bancaires pour payer», a-t-il ajouté.

«Il n'y pas eu la moindre panique, tout s'est déroulé selon le plan», a confirmé à la presse Tea Varrak, chef du groupe d'experts chargé de l'adoption de l'euro au ministère des Finances.

Lui-même a retiré son premier billet sept minutes après minuit.

«Quelque 120 tonnes de pièces de monnaie estoniennes ont été détruites jusqu'à présent, les billets libellés en couronnes seront détruits plus tard», a déclaré pour sa part à la presse Rein Minka, vice-président de la Banque centrale d'Estonie.

«Nous sommes contents que l'Estonie soit passée à l'euro car cela nous facilite les choses, à nous les Finlandais qui avons déjà l'euro», a déclaré à l'AFP Ole Esa, un touriste de 60 ans venu fêter le jour de l'an à Tallinn.

«Mais je suis sûr que cela fera augmenter les prix», a-t-il ajouté.

Selon la plupart des sondages, 50% des Estoniens sont favorables au passage à l'euro, alors qu'environ 40% y sont opposés.

Les plus eurosceptiques estiment que l'Estonie ne pouvait pas choisir de pire moment pour adopter la monnaie commune, en rappelant que des pays comme la Grèce et l'Irlande sont en crise et que des incertitudes pèsent sur l'Espagne et l'Italie.

«L'Estonie est comme le passager qui a pris le dernier ticket pour le Titanic», a déclaré Anti Poolamets, chef d'une campagne anti-euro baptisée «Sauvons la couronne».

Nouveaux défis

«L'Estonie est le pays le plus pauvre de la zone euro. Nous avons donc beaucoup à faire maintenant que l'objectif d'y adhérer a été atteint», a déclaré le premier ministre estonien Andrus Ansip en saluant le moment historique, marqué à Tallinn par un imposant spectacle de feux d'artifice.

Le chef du gouvernement a publiquement retiré le premier billet d'euros d'un distributeur automatique spécialement installé pour l'occasion à l'Opéra national de Tallinn.

L'Estonie est le troisième ancien pays communiste à adopter l'euro, après la Slovénie en 2007 et la Slovaquie en 2009.