La monnaie japonaise a dépassé mardi son plus haut niveau en 15 ans face au dollar et pulvérisé un record vieux de près de neuf ans face à l'euro, un seuil d'alarme vis-à-vis duquel le gouvernement japonais reste apparemment démuni, au grand dam des milieux d'affaires nippons.

Mis à jour le 24 août 2010
Karyn Poupée AGENCE FRANCE-PRESSE

Le dollar a chuté à moins de 84,50 yens après la fermeture de la Bourse de Tokyo, tandis que l'euro dévissait allègrement sous la barre des 107 yens.

La glissade s'est accélérée à la suite d'une intervention publique du ministre japonais des Finances, Yoshihiko Noda, lequel s'est borné à répéter ce qu'il dit presque quotidiennement depuis deux semaines: «Nous suivons l'évolution des marchés avec une extrême vigilance».

«Les propos de M. Noda ne font que jeter de l'huile sur le feu. Les avertissements verbaux ne servent plus à rien et il ne serait pas surprenant que le dollar tombe à 83 yens à tout moment», s'est agacé Daisuke Karakama, spécialiste des changes de Mizuho Corporate Bank.

Et d'ajouter: «Les pressions du marché sur les autorités japonaises vont continuer jusqu'à ce que soit lancée une action concrète».

Les craintes s'accentuent alors que la santé de l'économie nippone est dans son entier menacée par l'accès de fièvre du yen, incitant certains à exiger un traitement de choc.

«Personnellement, je n'aime pas l'idée d'une intervention directe sur le marché des changes, mais le gouvernement doit agir pour stopper la nervosité actuelle», a déclaré mardi le président de la Bourse de Tokyo, Atsushi Saito, tandis que l'indice Nikkei de la place tokyoïte tombait à son niveau le plus bas en 16 mois.

«Il est important que le gouvernement véhicule l'impression qu'il a les moyens d'intervenir quand cela est nécessaire», a-t-il ajouté, jugeant que la direction prise par les monnaies ne devait pas être déterminée uniquement par les forces du marché.

Le gouvernement refuse pour sa part de commenter l'éventualité de ce type d'action directe, inutilisée depuis mars 2004.

Reste que l'achat massif de dollars et la vente de yens pour doper le cours du billet vert et affaiblir la monnaie nippone n'aurait qu'une portée furtive et limitée, aux dires des spécialistes, dont certains peinent à comprendre les mouvements actuels.

Lorsque les États-Unis et l'Europe laissent filer leurs monnaies vers le bas, le Japon peut difficilement intervenir unilatéralement pour inverser le mouvement, arguent-ils.

Selon les économistes, le yen restera à un niveau élevé tant que les taux d'intérêt n'auront pas été relevés aux États-Unis, c'est-à-dire pas avant que la reprise n'y soit jugée solide.

En d'autres termes et en attendant, le Japon doit, selon les analystes, utiliser concomitamment plusieurs outils visant à contrer les effets économiques extensifs d'une devise trop forte.

«Le marché demande à présent que le gouvernement et la Banque du Japon agissent de façon coordonnée», via divers types d'initiatives simultanées, confirme Susumu Kato, d'une filiale japonaise de Credit Agricole.

Lorsqu'une telle hausse s'est produite il y a 15 ans, les entreprises avaient des marges pour se restructurer et diminuer leurs dépenses, mais elles arrivent à bout désormais, ayant encore serré les boulons durant la récession internationale de 2008-2009.

Si rien n'est fait au niveau national, elles seront incitées à délocaliser pour minimiser l'impact des fluctuations des changes sur leurs finances, aggravant du même coup la situation de l'emploi au Japon.

Sans compter que la hausse du yen fait aussi mécaniquement baisser les prix des produits importés, au risque d'amplifier le phénomène pernicieux de la déflation.