L'agence de notation financière Moody's a abaissé de deux crans la note souveraine du Portugal, à l'instar de Fitch et Standard and Poor's il y a quelques mois, faisant valoir de faibles perspectives de croissance et une détérioration des finances publiques.

Lévi Fernandes AGENCE FRANCE-PRESSE

Moody's, qui a rétrogradé la note du Portugal à A1 contre AA2 avec une perspective stable, dit s'attendre à une détérioration «pour au moins deux ans encore» des paramètres de la dette, dont le poids par rapport au Produit intérieur brut (PIB) devrait atteindre 90% avant de se stabiliser.

L'agence de notation, qui avait déjà annoncé le 5 mai dernier envisager d'abaisser la note du Portugal, doute également que les réformes du gouvernement puissent soutenir suffisamment la croissance pour permettre une amélioration de la situation de la dette.

«Cette décision était attendue», a affirmé aux médias portugais le ministre portugais des Finances Fernando Teixeira dos Santos, précisant que l'agence n'avait pas revu la note du Portugal depuis «douze ans» et qu'elle n'avait fait que se «mettre au niveau des autres agences».

Cette annonce ne devrait pas avoir d'impact fort sur le marché de la dette publique dans la mesure où cette baisse était attendue, estiment aussi certains analystes.

«Les opérateurs avaient largement anticipé cette baisse et l'avait déjà intégrée dans les prix», a affirmé à l'AFP Philippe Sabuco de la banque BNP Paribas.

Le fait que la note soit assortie d'une perspective stable est «positif» pour Frederik Ducrozet, économiste chez Crédit agricole. «Cela suggère que d'autres baisses de la part de Moody's ne sont pas à l'ordre du jour», précise-t-il, rappelant que les notes des autres agences financières étaient assorties d'une perspective négative.

Après Fitch qui avait dégradé en mars la note du Portugal de AA à AA-, Standard and Poor's avait abaissé de deux crans la note souveraine du pays en avril (A-), déclenchant la colère du gouvernement de Lisbonne qui avait dénoncé une «attaque» des marchés, tout en se disant déterminé à assainir les finances publiques.

Le gouvernement, qui s'était engagé à ramener son déficit sous la barre des 3% en 2013, a annoncé début juillet son intention de le faire dès 2012, grâce à la mise en oeuvre d'un programme d'austérité basé sur une réduction drastique de la dépense publique et une hausse générale des impôts, en accord avec le principal parti d'opposition.

Après un déficit record de 9,3% du PIB l'an dernier, le gouvernement socialiste compte le ramener à 7,3% cette année pour une dette publique à 83,5% du PIB.

L'annonce de Moody's intervient à la veille d'un retour sur les marchés. L'État portugais s'apprête à lancer mercredi deux émissions obligataires «d'un montant compris entre 1 et 1,5 milliard d'euros avec une échéance jusqu'en juin 2012 et juin 2019».

Malgré l'impact limité prévu par la décision de Moody's, M. Sabuco n'exclut pas «un léger regain de volatilité sur le marché de la dette publique portugaise» alors que la pression sur les obligations s'était un peu relâchée ces derniers mois.

Après l'annonce de Moody's, le taux des obligations portugaises à deux ans a bondi de 12 points de base à 3,140% et celui des titres à dix ans a grimpé de 7 points de base à 5,432%.

Dans la foulée, l'euro, qui s'était auparavant stabilisé, a chuté jusqu'à 1,2533 dollar, son plus bas niveau depuis une semaine, pénalisé par un regain d'inquiétudes sur la santé budgétaire de la zone euro.

Contrairement aux précédentes annonces de dégradation de la note portugaise, le PSI-20, indice phare de la Bourse de Lisbonne, qui avait ouvert en baisse mardi, était passé dans le vert en milieu de matinée.