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Grandeur et déchéance du «Loup de Wall Street»

(Paris) Jordan Belfort est, de son propre aveu, une métaphore des années folles de Wall Street qui ont fini par plonger les États-Unis, et le reste de la planète, dans une dévastatrice crise économique.

À son apogée, l'homme d'affaires engrangeait des dizaines de millions de dollars par année grâce à sa société de courtage new-yorkaise, Stratton, qui employait des centaines de jeunes courtiers ambitieux et déjantés.

 

Dès la première année, ils pouvaient espérer des revenus de 250 000$, le double l'année suivante et plus de 1 million la troisième année, les plus doués en faisant trois fois plus. Du coup, des «gosses qui avaient encore des boutons d'acné» se retrouvaient propriétaires de maisons immenses.

M. Belfort lui-même vivait comme s'il avait décroché un rôle dans une télésérie intitulée Vie et moeurs des riches détraqués, se déplaçant en hélicoptère ou en voitures de course, dilapidant des centaines de milliers de dollars par mois pour se payer les restaurants et les magasins les plus chics et les services de prostituées de luxe. En consommant des cocktails de drogues dignes d'une «rock star».

Au plus creux de sa chute, il sera retrouvé inconscient, le visage enfoui dans une montagne de cocaïne. Avant de se voir condamné à 22 mois de prison pour avoir manipulé, à son profit, le cours des actions mises en vente par sa société et tenté de planquer une part de sa fortune en Suisse à l'abri du fisc.

«L'ambition a fini par céder la place à l'avarice et j'ai perdu tous mes repères», souligne aujourd'hui M. Belfort, qui relate son ascension et sa descente en flammes dans un livre intitulé Le Loup de Wall Street disponible dans quelques semaines au Québec. L'ouvrage doit aussi faire l'objet d'une adaptation au cinéma par Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio dans le rôle-titre.

En entrevue à La Presse dans un hôtel chic de Paris, l'ancien golden boy, qui reçoit en jean troué et en chaussures de sport, insiste sur le fait qu'il est issu d'une famille honnête et exemplaire.

«J'étais bien intentionné au début. Le processus s'est fait graduellement... On vend son âme morceau par morceau et on finit par ne plus avoir d'âme», souligne l'Américain, qui a fini par se sentir «au-dessus des lois». Au point d'enregistrer à leur insu des enquêteurs de la Securities and Exchange Commission (SEC) qui cherchaient à le coincer.

Comme lui, les dirigeants de la plupart des grandes sociétés de Wall Street n'avaient cure des autorités financières. Notamment parce qu'existaient des liens quasi incestueux entre ces sociétés et le gouvernement.

«Toute considération éthique a été balancée par la fenêtre. La seule chose qui primait était la chasse au tout-puissant dollar. On se demandait quel nouveau produit on pouvait inventer pour faire encore plus d'argent», relate M. Belfort.

Le système des subprimes était l'aboutissement de cette dérive, dit-il. Du haut en bas de l'échelle, les intervenants ont fermé les yeux même s'ils savaient que la flambée des profits reposait sur une surévaluation du marché immobilier et un endettement insoutenable des particuliers.

«Il y a eu un échec réglementaire à tous les niveaux», souligne l'ancien homme d'affaires, qui plaide aujourd'hui pour un renforcement tous azimuts des mesures de contrôle du secteur financier.

La rémunération des dirigeants, dit-il, devrait notamment être basée sur la performance à long terme des entreprises pour éviter des décisions à courte vue inspirées par la vente de lucratives options d'achat d'actions.

Les banques devraient voir leur capacité d'emprunt sévèrement limitée pour empêcher les jeux de levier qui les ont placées dans une position impossible lorsque la crise a frappé.

Il faut, enfin, renforcer considérablement les moyens de la SEC. «Il faudrait multiplier par 10 les effectifs. Et adapter les méthodes d'enquête. Ils utilisent des technologies du XXe siècle pour l'économie du XXIe siècle», indique M. Belfort, qui insiste, plus que tout, sur la nécessité d'un changement de culture.

Les courtiers devraient être sensibilisés régulièrement aux questions d'éthique pour éviter d'être aspirés dans une course aux profits sans limites, insiste l'homme d'affaires déchu, qui tient des conférences dans les universités américaines pour parler de sa propre expérience.

«Aucune personne sensée ne peut conclure, après m'avoir entendu, que la vie du Loup de Wall Street est une bonne vie», affirme-t-il.

 




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