Un important promoteur québécois de complexes locatifs est maintenant seul en lice pour acquérir l'un des sites à construire les plus intéressants au centre-ville de Montréal, en bordure du fleuve par-dessus le marché.

Mis à jour le 31 janv. 2019
ANDRÉ DUBUC LA PRESSE

Si la vente se concrétise, Groupe Sélection mettra le pied au centre-ville de la plus spectaculaire des façons. Pour le moment, ses complexes les plus centraux sont à Rosemont, à L'Île-des-Soeurs, à Mont-Royal et à Saint-Léonard.

Groupe Sélection appartient principalement à Réal Bouclin, qui a fait la manchette dernièrement en raison de l'annonce de son divorce de l'actrice et femme d'affaires Caroline Néron.

Sélection détient plus de 50 complexes locatifs en exploitation, en construction ou en développement. La valeur de l'actif atteint les 3 milliards de dollars. Il emploie plus de 5000 personnes au service de 13 000 locataires. L'entreprise compte sur l'appui financier de Revera, de Mississauga, qui appartient à Investissements PSP, la caisse de retraite des fonctionnaires fédéraux.

D'abord spécialisée dans les résidences pour personnes âgées, Sélection conçoit maintenant des complexes locatifs pour différentes strates d'âge, par exemple pour les gens de la génération Y, les 18 à 35 ans et les préretraités, les 55 ans et plus.

Il faut s'attendre à un projet résidentiel multigénérationnel sur le site de la brasserie Molson.

Réal Bouclin a tenu à annoncer la bonne nouvelle à ses employés. « Nous sommes très fiers d'avoir accédé à cette étape cruciale du processus pour lequel nous avons préparé un dossier qui respecte le caractère patrimonial de ce site. Nous allons suivre nos bonnes pratiques en matière d'acceptabilité sociale en collaborant avec les différentes parties prenantes. Nous sommes à quelques semaines de finaliser ce projet majeur », a-t-il fait savoir à l'interne par courriel.

D'après nos informations, Groupe Sélection fait équipe avec le propriétaire de centres commerciaux de proximité First Capital et le constructeur Montoni. Les deux partenaires n'ont pas voulu commenter.

Rappelons que la Ville de Montréal s'est dotée d'un droit de préemption sur les lots de la brasserie. Ce droit permet à la Ville d'égaler une offre d'achat acceptée sur les terrains convoités et d'acquérir elle-même au même prix les terrains en bordure du fleuve.

L'identité de l'acheteur privilégié a été annoncée aux employés de Molson hier matin par la direction. « Après un processus de sélection rigoureux avec de nombreux acheteurs potentiels, nous sommes présentement en discussions avec un acheteur préférentiel, Groupe Sélection, avec l'intention de vendre le site », lit-on dans une note interne signée par Frederic Landtmeters, président de Molson Coors Canada. L'objectif est de conclure la vente d'ici à la fin du deuxième trimestre 2019.

Le président de la division Molson du syndicat des Teamsters, Éric Picotte, a reçu le courriel à 11 h 15 hier. Il n'avait pas de commentaires à formuler.

12 HECTARES À METTRE EN VALEUR

Molson est établie rue Notre-Dame Est depuis 1786, ce qui en fait l'une des plus anciennes installations industrielles du Canada et l'une des dernières situées au coeur de la ville. Son complexe brassicole couvre une superficie de 12 hectares, soit environ 1,3 million de pieds carrés. Un terrain aussi vaste à remettre en valeur constitue une rareté au centre-ville.

Le site industriel devient disponible en raison du déménagement prochain de la brasserie dans la zone industrielle aéroportuaire de l'arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil. La construction de la nouvelle brasserie a commencé en 2018. Le déménagement devrait se faire en 2021. En août, la société a indiqué qu'elle conserverait des bureaux sur le site historique. La possibilité d'y installer une microbrasserie a déjà été évoquée.

« L'équipe du projet a fait un travail remarquable pour s'assurer que l'acheteur préférentiel respecte la vision de Molson sur le plan de l'héritage et du développement durable ainsi que ses perspectives socioéconomiques, écrit M. Landtmeters. Molson souhaite toujours maintenir une présence sur cet emplacement historique et est encore en négociation quant aux détails relatifs à des bureaux ou à un volet patrimonial à y établir. »