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Un ancien PDG de la SQI réclame une enquête pour en extirper la corruption

Jean P. Vézina, ancien PDG de la Société... (Photo David Boily, La Presse)

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Jean P. Vézina, ancien PDG de la Société immobilière du Québec, réclame une enquête pour mater la corruption qui s'est infiltrée dans l'organisation qui porte maintenant le nom de Société québécoise des infrastructures.

Photo David Boily, La Presse

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

Un ancien PDG de la Société immobilière du Québec (SIQ) plaide, dans ses mémoires publiés récemment, pour une enquête pour mater la corruption qui s'est infiltrée dans l'organisation qui porte maintenant le nom de Société québécoise des infrastructures (SQI).

« Le présent document doit malheureusement aussi être considéré comme un renouvellement, une fois de plus, d'une plainte officielle et la réclame d'une enquête permettant d'extirper la corruption qui s'est infiltrée de nouveau dans la Société immobilière du Québec. Quelques coupables sont connus, mais d'autres sont toujours à l'abri », écrit Jean P. Vézina dans La fonction publique malmenée, chez Septentrion.

Économiste de formation et ancien professeur à HEC Montréal, M. Vézina a été sous-ministre au Développement économique et au Commerce extérieur de 1978 à 1983 avant d'entreprendre une carrière de « PDG de sociétés d'État ayant besoin de vigoureux redressements ». Il a dirigé la Société d'assurance automobile du Québec, où il a lancé les campagnes publicitaires chocs sur l'alcool au volant qui ont contribué à l'amélioration spectaculaire du bilan routier. Il a aussi été nommé patron de la Société des établissements de plein air du Québec et de la Société du Centre des congrès de Québec, de façon intérimaire.

Mais c'est surtout son passage à la tête de la SIQ qui a assis sa réputation de gestionnaire rigoureux et intègre.

Sous sa gouverne, la SIQ, qui comptait à son arrivée en poste en 1995 plus de 1000 employés, a rapidement remercié 287 employés et réduit le nombre de cadres de 83 à 39. Il a rapidement mis en place une série d'initiatives, certaines controversées, pour stimuler la concurrence lors de la signature de contrats ou de baux de location. Résultat : des économies spectaculaires de 450 millions durant les sept ans de son mandat à la tête de l'organisation, jusqu'à son départ à la retraite en 2002.

En entrevue, le haut fonctionnaire à la retraite renchérit sur la question de la corruption. « Il faut faire une enquête. Je les connais, les gens qui sont là-dedans. Il faut une enquête policière, parce que tout le monde continue. » Il refuse toutefois d'identifier ceux qui auraient commis des actes répréhensibles.

« Je les mentionne, mais je ne les nomme pas. J'écris mes mémoires. Je ne suis pas policier. Ce n'est pas ma job », se défend-il.

« Quand j'ai envoyé mon manuscrit à mes vice-présidents [de l'époque], il n'y en a pas un qui n'a pas reconnu tout le monde que je n'ai pas nommé. À l'interne, tout le monde sait de qui on parle. »

Par un heureux hasard, La Presse a rencontré Jean P. Vézina le jour même où la vérificatrice générale (VG) du Québec publiait un rapport sur le laxisme de la SQI en matière de gestion des baux.

Entre autres choses, la VG a découvert que des baux avaient été renouvelés de façon anticipée sans grande justification et à des conditions désavantageuses pour l'État. Ces faits sont survenus de 2004 à 2007, après la retraite de M. Vézina.

La VG a audité la SQI à la suite de motions de députés de l'Assemblée nationale, faisant suite à des révélations sur des transactions et des baux survenus entre les gouvernements et les entreprises de Marc Bibeau et Georges Gantcheff. Un premier rapport de la VG, tout aussi dévastateur, a été publié en novembre 2017 concernant la vente d'immeubles par la SQI au cours de la même période.

PLAIDOYER POUR LA COMPÉTENCE ET L'INTÉGRITÉ

Dans ses mémoires, M. Vézina, 79 ans, appelle de tous ses voeux un retour de la compétence, de la rigueur et de l'intégrité dans la fonction publique.

« L'ensemble des Québécois a un urgent besoin, au fédéral, au provincial et au municipal, de fonctions publiques professionnelles, compétentes, productives, probes et innovatrices, écrit-il. Nous avons, comme nation, le devoir de conserver un État actif et progressif et une administration sans reproche en luttant âprement contre la corruption. Voler l'État, c'est voler chacun de nous », poursuit-il.

« Ces dernières années, il est clair que les gouvernements n'ont pas privilégié le savoir-faire de leur fonction publique. Le secteur public n'attire plus autant et l'État a de moins en moins les ressources techniques et professionnelles suffisantes et compétentes. On n'a pas idée comment cette perte a déjà coûté et coûtera aux citoyens. »

Selon lui, la fonction publique a été à ce point malmenée que l'État devient impuissant face à des situations pourtant bien prévisibles.

« Il est navrant de constater que l'on n'arrive plus, en 2016 et 2017, après des mois de négociations, à régler le cas des taxis Uber. Pire encore, on a été obligé de confier à un enquêteur spécial le soin de faire le point sur la gestion d'une tempête de neige en 2017 ; on ne savait plus gérer une tempête de neige et ce n'est pas faute de pratique. »

Ce ne fut pas toujours le cas, avance-t-il. L'État québécois sous Jean Lesage s'est doté d'une fonction publique qui a réussi la nationalisation de l'hydroélectricité. Selon lui, c'est aussi grâce à la compétence des serviteurs de l'État que le gouvernement de Daniel Johnson a pu poursuivre l'élan de la Révolution tranquille, en dépit de la faiblesse de son équipe.

Pour M. Vézina, outre Hydro-Québec, la création d'institutions comme la Caisse de dépôt ou la Société de l'assurance automobile du Québec sont la preuve tangible que l'État peut faire aussi bien sinon mieux que le privé, quand il « gère dans l'intérêt du bien commun ».

MORCEAUX CHOISIS

SUR LA BONNE GESTION DU BIEN COMMUN

« Les ingrédients sont connus : des politiciens éveillés et possédant un bagage intéressant, des administrateurs choisis pour leurs compétences et non récompensés pour leurs années de service en politique, l'éloignement de l'administration de la chose publique de tous les intervenants financiers et organisateurs des partis, ce qui est absolument intolérable et conduit à des abus définissant les pires régimes, et l'érection de barrières étanches contre tous les exploiteurs. »

La fonction publique malmenée, p. 85

SUR LES RAISONS QUI L'ONT AMENÉ À ACCEPTER LE MANDAT À LA SIQ

« Dans ce cas, il y a [...] des motivations encore plus profondes qui m'animent : la lutte au manque de rigueur et à la bêtise humaine qui entraînent le laxisme et la corruption. Il n'y a pas d'autres raisons pour moi d'expliquer les dépassements des budgets et des échéanciers des projets de construction du secteur public et les prix de location hors marché payés par le gouvernement. »

- La fonction publique malmenéepp. 114-115

SUR LES DÉPASSEMENTS DE COÛTS DES PROJETS PUBLICS

« Le gouvernement paie des honoraires professionnels qui sont de l'ordre de 24-25 % des coûts de construction, alors que dans le privé le pourcentage se situe autour de 13 %. [...] Somme toute, rien ne justifie de tels écarts de prix et il est clair que cela sert à financer les partis politiques. »

- La fonction publique malmenée, pp. 146-147

Source : Jean P. Vézina, Septentrion, 2018, 200 pages




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