Le fondateur de l'enseigne de vêtements Zara, le multimilliardaire Amancio Ortega Gaona, vient de s'offrir l'un des bâtiments les plus en vue de la rue Sainte-Catherine, le 777, à l'angle de l'avenue McGill College. La transaction survient 14 mois avant le début de travaux majeurs qui vont paralyser la rue marchande jusqu'en 2020.

Mis à jour le 18 oct. 2016
André Dubuc LA PRESSE

Gros prix

À 41,8 millions, le prix payé fait écarquiller les yeux des experts du marché immobilier montréalais. L'évaluation municipale fixe à 20,9 millions la valeur de l'immeuble. « Le taux de rendement équivaut à 5 %, ce qui est vraiment bas pour Montréal, sans toutefois être un record », dit Étienne Guindon, directeur, recherche et évaluation des propriétés commerciales, au Groupe Altus. Plus l'immeuble coûte cher, plus le taux est bas. Or, le rendement aurait été au plancher, n'eût été le bail de Banana Republic, nous dit une source qui ne veut pas être identifiée. Ce bail, qui arrive à échéance dans cinq ans, est très avantageux pour le propriétaire.

Vendu deux fois en deux ans

Construit en 1931, l'immeuble de trois niveaux et d'une superficie de 30 000 pieds carrés appartenait à Thor Equities, de New York, qui l'avait acheté en 2015. En mars, Thor a racheté des propriétés de Gaby Bitton (Buffalo Jeans) dans la rue Sainte-Catherine, à la hauteur de la rue Crescent. 

Auparavant, le 777 avait appartenu à Homberg et, antérieurement, à Alexis Nihon. Avant Banana Republic, l'immeuble logeait le magasin de décoration Caban, qui avait pris la place d'une succursale de la Banque Laurentienne.

« La bonne nouvelle, c'est que l'un des hommes les plus riches de la planète investit à Montréal, dit le courtier immobilier Bruce Munro, chez Coldwell Banker. La moins bonne, c'est qu'il a payé trop cher. Ça va créer des attentes. »

Deuxième fortune mondiale

L'acheteur, Amancio Ortega, arrive au deuxième rang de la liste des milliardaires du magazine Forbes, derrière Bill Gates, avec une fortune estimée à 67 milliards US. L'investisseur de 80 ans a monté un empire immobilier regroupé dans la filiale Pontegadea. Son portefeuille est évalué à 9 milliards, avec des propriétés aux États-Unis, à Séoul, à Londres, à Paris et à Madrid,

Même s'il a délaissé la présidence en 2011, Ortega reste l'actionnaire majoritaire d'Inditex, maison mère de Zara qui possède 7000 boutiques, compte plus de 150 000 employés et affiche un chiffre d'affaires de 29 milliards. Les dividendes distribués annuellement par Inditex lui ont permis d'acquérir des biens immobiliers de première qualité depuis dix ans sans trop s'endetter.

Déjà présent à TorontoLe 777 n'est pas son premier achat au Canada. Son incursion dans le quartier Yorkville, à Toronto, en 2014, avait attiré l'attention. Il avait offert 255 millions pour le 150 Bloor Street. Une évaluation rarement vue, pouvait-on lire à l'époque dans la presse torontoise.

Pontegadea a été active en octobre ailleurs dans le monde. Elle a mis le grappin pour 490 millions d'euros sur la tour Cepsa à Madrid, haute de 248 mètres et comptant 55 étages. En parallèle, elle a acheté l'immeuble Tiffany à San Francisco pour 145 millions US.

PHOTO Miguel Vidal, archives REUTERS

Amancio Ortega