Les investissements faméliques des entreprises au Québec ont fait l'objet de nombreux constats accablants. Il faudra en ajouter un autre: le secteur public investit maintenant plus dans les routes, barrages et écoles que l'ensemble du secteur privé ne le fait dans ses usines, sa machinerie ou ses parcs informatiques.

Stéphane Paquet LA PRESSE

Selon les données préliminaires de 2009, le programme d'infrastructure aidant, l'État québécois a dépensé 20,1 milliards de dollars en investissements non résidentiels l'an dernier. Le secteur privé: 19,8 milliards. Pour 2010, le sondage de Statistique Canada publié l'hiver dernier laisse entrevoir le même constat. Les investissements publics devraient atteindre 21,9 milliards, comparativement à 20,1 milliards pour le secteur privé.

Selon des données fournies à La Presse Affaires par le ministère des Finances québécois, 2009 est la première année depuis 1998, date à laquelle remontent les données, que les investissements publics dépassent ainsi ceux du privé. À titre comparatif, l'Ontario, où le secteur automobile a souffert d'un important recul des investissements privés, enregistre aussi une forte hausse de ses investissements publics. Mais leur proportion, à un sommet là aussi, avoisine maintenant les 40% du total. Dans l'ensemble du Canada, cette proportion est encore plus basse, à environ 35% pour 2009 et l'année en cours. C'est 15 points de moins qu'au Québec.

Autre constat: la part des investissements privés que réussit à attirer le Québec est en recul constant par rapport au reste du Canada. De 2000 à 2004, Québec a récolté en moyenne 16,2% des investissements privés canadiens. De 2005 à 2009, ce n'est plus que 13,1%, selon nos calculs.

«Qu'on arrive au point où les entreprises investissent tellement peu qu'elles investissent moins que le gouvernement, c'est assez étonnant», constate l'économiste Marc Van Audenrode, de l'Université de Sherbrooke.

Il est vrai, souligne-t-il par ailleurs, que le Québec n'a pas de sables bitumineux ou d'industrie automobile - deux secteurs qui demandent de lourds investissements. Il a donc besoin de moins d'investissements pour produire ses biens et services. N'empêche, la portion québécoise des investissements privés demeure faible.

Dans le secteur privé, les grands investisseurs de cette année sont les mines (incluant le pétrole et gaz) à plus de 2 milliards de dollars, en hausse de 35% par rapport à 2009, de même le manufacturier (3,4 milliards) et le transport et entreposage (3,1 milliards).

Un effet sur la dette

L'économiste Marc Van Audenrode s'inquiète de l'effet de ces investissements majeurs de Québec et ses sociétés d'État sur les finances publiques. «L'avantage à court terme, c'est que ça a permis de soutenir l'activité économique de façon assez marquée au Québec... Mais ça se fait au détriment d'un endettement public qui est assez affolant.»

Ainsi, en cinq ans, la dette brute de Québec aura fait un bond de 32 milliards, à 170,6 milliards à la fin de cette année. Son poids augmente aussi en proportion du produit intérieur brut (le PIB, la taille de l'économie), de 51% à 54,5% sur la même période.

Autres calculs

L'économiste Marcel Boyer, du Cirano, s'inquiète aussi du peu de place que prennent les investissements privés au Québec. Selon la compilation de Statistique Canada, leur valeur varie entre 18,8 milliards en 1998 et leur sommet de 23,7 milliards en 2007. Des chiffres qui ne tiennent pas compte de l'inflation.

Pour mieux comparer les données provinciales, il a classé des sociétés d'État comme Hydro-Québec dans la catégorie des investissements privés, leurs contreparties canadiennes étant parfois des entreprises privées. Cette façon de calculer réduit évidemment la part des dépenses publiques québécoise. Mais un écart important demeure entre le Québec et le reste du Canada.

Au Québec, en 2008, les investissements «privés» ainsi recalculés représentent 18,3% du PIB. Dans le reste du Canada, c'est 21,1%.

Cette différence avec le reste du Canada représente des sommes importantes: 66,6 milliards d'investissements privés que le Québec n'a pas eus entre 2000 et 2008, estime l'auteur dans une étude publiée l'hiver dernier.

«Il faut s'en inquiéter puisque c'est ça qui va avoir un impact sur la productivité notamment, et sur la création d'emploi», souligne-t-il.

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EN CHIFFRES



42 milliards

Investissements non résidentiels prévus au Québec en 2010.

52%

Part des investissements publics.

13,2%

Part québécoise des investissements privés au Canada cette année.

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LE BÂTIMENT N'A PAS LA COTE

La construction d'habitations a beau boomer au Québec, l'effervescence ne se transpose pas au secteur des bâtiments non résidentiels.

Des grandes provinces, c'est au Québec que la construction de ce type de bâtiments a le plus reculé au premier trimestre par rapport aux trois derniers mois de 2009.

La baisse est de 4,9%, comparativement à un recul de 0,7% au Canada, selon des données de Statistique Canada publiées hier.

Au total, leur valeur est de 1,72 milliard de dollars (en enlevant l'effet des saisons), comparativement à 1,83 milliard à la fin de 2009. Au Canada, la valeur de ces bâtiments était de 10,3 milliards.