Yves Laflamme, PDG de Produits forestiers Résolu, est le conférencier invité aujourd’hui du Cercle canadien de Montréal, un type de tribune dont il ne raffole pourtant pas. S’il a accepté d’emblée l’invitation qui lui a été faite, c’est qu’il souhaite dissiper l’image négative que l’on brosse trop facilement, selon lui, de l’industrie forestière. Entrevue avec le PDG de l’un des plus importants producteurs de papier journal au monde.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Vous allez être conférencier aujourd’hui à la tribune du Cercle canadien de Montréal. Quel est le message que vous souhaitez transmettre à votre auditoire ?

L’industrie forestière est malmenée. La perception facile des gens, surtout en milieu urbain, c’est de dire que nous sommes une industrie polluante qui contribue à la disparition de la forêt boréale. On compare nos activités à la déforestation de l’Amazonie.

On ne pratique pas la déforestation. On ne transforme pas la nature d’un territoire forestier pour en faire un stationnement ou des buildings. Nous, on cultive du bois qui est mature, et qui plus il vieillit, plus il devient vulnérable aux incendies de forêt ou aux épidémies.

Près de 75 % des territoires que l’on coupe se régénèrent naturellement, et on replante sur les 25 % que l’on a récoltés.

J’ai pourtant l’impression que l’on ne parle pas plus en mal de vous qu’on ne le faisait à la fin des années 90, lors de la sortie du film L’erreur boréale ?

C’est vrai que notre image en avait pris un coup avec ce film au Québec. Mais on peut maintenant montrer des images de forêts qui ont été coupées il y a 75 ans et qui sont redevenues aujourd’hui comme elles étaient à l’origine.

On veut démontrer aux gens que l’on fait partie de la solution. On ne récolte que 0,5 % du territoire cultivable au Québec et on permet à la forêt de se régénérer.

On ne coupe pas des arbres pour faire du papier. On coupe des arbres pour faire des matériaux de construction. On fait le papier avec les copeaux, on fait de la bioénergie avec l’écorce, on fait des panneaux de bois avec la sciure.

Vous souhaitez donc contrer la mauvaise presse dont vous prétendez faire l’objet ?

Il y a des constats qui sont dits et partagés qui sont un peu réducteurs. Surtout en provenance des milieux urbains où on ignore que l’industrie forestière représente 66 000 emplois au Québec.

Mais ce sont principalement les activistes américains qui nous font du tort. Ils utilisent les arguments de la déforestation pour alerter nos clients, ce qui profite à nos concurrents américains.

Cela dit, depuis le début des années 2000, la production mondiale de papier journal est en baisse constante et, pourtant, l’industrie mondiale est toujours en production excédentaire. Comment arrivez-vous à gérer dans un pareil contexte ?

C’est vrai. La production mondiale de papier journal s’élevait à 38 millions de tonnes au début des années 2000. L’an dernier, elle était de l’ordre de 20 millions de tonnes. La production baisse de 12 % à 15 % par année, et l’an dernier, l’industrie mondiale a produit des excédents de 1,2 million de tonnes.

On produit chez Résolu 1,6 million de tonnes de papier journal, et on a dû réduire notre production de 200 000 tonnes l’an dernier. On l’a fait en fermant à tour de rôle et de façon temporaire chacune de nos usines.

Et c’est pourquoi on a entrepris notre diversification. Depuis trois ans, on a commencé à produire du papier tissu. On a investi 500 millions US dans ce nouveau secteur.

Plusieurs nous disent de sortir du marché du papier journal. Mais l’an dernier, cette division a généré 227 millions en bénéfices avant impôts, amortissement et intérêts. On gère la décroissance de façon profitable dans le secteur du papier journal.

Vous avez réalisé une excellente performance financière en 2018, mais depuis le début de 2019, les choses vont plutôt mal. Votre action, qui valait 18,50 $, est tombée à 5,50 $. Comment expliquez-vous ce retournement de situation ?

L’année 2018 a été exceptionnelle. Toutes nos catégories de produits ont été en hausse. Il faut dire qu’en 2017, on avait réduit de 1 million de tonnes notre capacité de production dans toutes les catégories de papier en fermant des usines, notamment en Corée et aux États-Unis.

L’an dernier, le prix du bois d’œuvre a atteint un sommet à 650 $US le mille pieds-planches alors qu’il est tombé à 350 $US cette année. Le marché s’est effondré et tout le monde a été affecté.

Les droits compensateurs américains sur vos exportations de bois d’œuvre n’ont pas dû aider. Quels en sont les impacts ?

On a beaucoup parlé l’an dernier des droits que Bombardier s’est fait imposer. Nous, on vit ça tout le temps avec le bois d’œuvre, et l’an dernier, on a eu un droit imposé sur le papier super calandré et deux droits sur le papier journal. On s’est fait rembourser 60 millions sur le super calandré et 15 millions sur le papier journal.

Le litige sur le bois d’œuvre est parti pour durer trois ou quatre ans. Au 30 juin, on avait 135 millions US de droits accumulés à la frontière. On va probablement se rendre à 400 millions avant qu’on nous donne raison, comme ç’a toujours été le cas. Nos concurrents américains veulent que ça traîne pour nous affaiblir au maximum.

Vous avez 40 usines au Canada et aux États-Unis. Quelle place occupe aujourd’hui Résolu au Québec ?

Cela va faire 200 ans, au mois de mai prochain, que Résolu est présente au Québec. Cela a commencé avec William Price, en 1820.

Près de 6000 de nos 7500 employés sont au Québec, dont 2200 dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean et 500 à notre siège social de Montréal. C’est ici qu’on a le plus d’activités dans tous les domaines de la foresterie.

Sur le plan environnemental, on est aussi très engagés. On a réduit de 76 % nos émissions de gaz à effet de serre depuis le début des années 2000. C’est l’équivalent de 2 millions de voitures qui roulent en moins.

On a décidé l’an dernier d’éliminer les bouteilles d’eau en plastique dans toutes nos usines. C’est 1,7 million de bouteilles d’eau qui ont été éliminées.