La quête et le développement de nouveaux talents figurent en tête de liste des priorités de Geneviève Provost, qui a pris la direction des activités de Deloitte au Québec et dans la région d’Ottawa le 2 juin dernier. Cette priorité de la nouvelle associée directrice n’est pas étrangère aux mutations qui bouleversent l’industrie des grandes sociétés de services-conseils, dont les activités débordent aujourd’hui largement la seule vérification comptable.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Geneviève Provost a elle-même suivi le parcours classique qui a longtemps prévalu dans les grands bureaux de comptables. Elle s’est jointe en 1998 au bureau de Laval de Deloitte à titre de comptable agréée, où elle a fait de la vérification durant quatre ans auprès des PME clientes de la firme.

En 2002, elle est passée au bureau de Montréal et s’est greffée à l’équipe responsable d’administrer pour ses entreprises clientes les programmes de crédits d’impôt comme celui de la Cité du multimédia ou ceux accordés pour les activités de recherche et de développement.

J’ai fait ma maîtrise en fiscalité et j’ai toujours œuvré dans ce domaine chez Deloitte jusqu’à ce que je devienne associée responsable de la fiscalité pour le groupe au Québec.

Geneviève Provost

En juin dernier, dans le cadre d’un changement de direction à l’échelle nationale, la gestionnaire a été propulsée à la tête de toutes les activités de Deloitte au Québec et dans la région d’Ottawa, où elle supervise le travail de 242 associés et de plus de 3200 employés répartis dans 31 bureaux.

« À titre de responsable de la fiscalité, je faisais déjà le tour de nos bureaux au Québec pour épauler nos équipes, mais là, je vais le faire de façon plus systématique », explique Geneviève Provost.

Une pratique qui évolue

Au cours des 10 dernières années, la pratique des grands bureaux de services-conseils s’est passablement complexifiée. On ne fait plus que du soutien et de la vérification comptable, mais on a élargi la gamme de services aux activités d’intégration numérique, d’intelligence artificielle et de cybersécurité, notamment.

« C’est à Montréal qu’est basé le leader national de la cybersécurité pour Deloitte. Notre Centre de Cyber Intelligence de Montréal regroupe une centaine d’experts de différents domaines. On compte aussi sur une équipe de 90 spécialistes en intelligence artificielle », expose Geneviève Provost.

Depuis une dizaine d’années, la cybersécurité est devenue un enjeu majeur pour les entreprises, ce qui a amené Deloitte à embaucher des spécialistes d’horizons différents. Depuis deux ans, le mouvement s’intensifie.

On embauche encore des CPA, mais ils représentent aujourd’hui moins de 50 % des nouveaux talents que l’on recrute annuellement. Et ma priorité, c’est d’identifier et de développer ces nouveaux talents.

Geneviève Provost

« On est, bien sûr, resté une firme de services-conseils et la vérification est encore au cœur de nos activités. Mais il faut aussi suivre l’évolution de nos clients, comprendre leurs besoins pour mieux les accompagner. Le rayonnement de Deloitte au Québec est aussi une de mes priorités », avance la gestionnaire.

Geneviève Provost est également bien alignée avec la stratégie du nouveau PDG de Deloitte, Anthony Viel, qui souhaite que la firme attache une importance particulière aux sociétés privées et aux entreprises de moyenne capitalisation.

« Mon prédécesseur chez Deloitte Québec, Marc Perron, est maintenant le responsable national de la grande clientèle. On parle ici des grandes sociétés publiques pour qui on exerce les activités d’audit et de conseiller global. Ils sont encore bien évidemment très importants.

« Mais moi, je vais porter une attention plus grande aux sociétés privées et de taille moyenne, celles qui sont les moteurs de notre économie. On veut les conseiller et les appuyer dans tous les aspects de leurs activités, que ce soit la numérisation de leurs opérations, leur fiscalité ou leur cybersécurité », souligne Geneviève Provost.

Une première au Québec

Geneviève Provost est la première femme à occuper le poste de grande responsable pour le Québec. En Ontario, Linda Blair est aussi devenue associée directrice de Deloitte pour la région de Toronto.

« J’ai pris l’habitude de planifier pour nos clients. J’ai pu évoluer dans un environnement sécuritaire où j’ai toujours pu exprimer mes opinions en toute liberté. Je vais prendre le temps pour avoir une vision plus large de nos activités », souhaite l’associée directrice de Deloitte Québec.

Est-ce que les firmes de services-conseils servent encore de tremplin pour accéder à des postes de haute direction dans les entreprises ?

« C’est sûr que l’on fait un peu office d’école et que l’on forme des spécialistes qui peuvent être recrutés par les entreprises clientes qu’ils conseillent. Et on va continuer de le faire, parce qu’on offre une expérience qu’ils ne peuvent pas avoir ailleurs », constate Geneviève Provost.

Mais, signe des temps, Deloitte Québec doit recruter des CPA en France par les temps qui courent, parce que les finissants de nos écoles de gestion ne souhaitent plus faire de la vérification comptable.

Le passage obligé d’hier intéresse moins d’adhérents aujourd’hui. Les comptables qui sortent des écoles souhaitent plonger directement dans l’action plutôt que de suivre le parcours de jadis. La vérification comptable reste pourtant un besoin et un service essentiels pour toutes nos entreprises, grandes et petites.