Gildan mise sur la Caroline-du-Nord

Gildan a décidé d'investir des centaines de millions dans... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Gildan a décidé d'investir des centaines de millions dans des usines de filature en Caroline-du-Nord afin de sécuriser ses approvisionnements en fil de coton et s'assurer de la qualité de ses produits. Ci-dessus, Chuck Ward, vice-président responsable des activités de filature chez Gildan, dans l'usine de Salisbury.

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Sylvain Larocque
La Presse

(SALISBURY, Caroline-du-Nord) Sur les terres d'argile rouge de la région rurale de Salisbury, Gildan (T.GIL) participe à fond de train au regain de vie de l'industrie américaine de la filature.

L'an dernier, la multinationale montréalaise a acquis pour 8 millions US une ancienne usine de fenêtres de 400 000 pieds carrés située à Salisbury, dans le centre de la Caroline-du-Nord. Elle y a installé une usine de fil qui a démarré ses activités en février. D'ici la fin de l'année, une deuxième filature, plus imposante avec ses 600 000 pieds carrés, ouvrira ses portes juste derrière. Et en 2015, des installations de plus de 700 000 pieds carrés seront inaugurées à Mocksville, à 30 kilomètres au nord.

D'ici 2017, ce sont plus de 300 millions US qui auront été investis à Salisbury et à Mocksville. Quelque 700 emplois auront été créés. Gildan exploitait déjà deux filatures à Clarkton, en Caroline-du-Nord, et à Cedartown, en Géorgie. Avec ses trois nouvelles usines à la fine pointe, grandement automatisées, l'entreprise deviendra l'un des principaux producteurs de fil aux États-Unis.

«Nous utilisons déjà un grand pourcentage de la capacité de nos fournisseurs externes de fil. Nous avons senti le besoin d'accroître notre capacité interne pour nous assurer de pouvoir répondre à la croissance que nous connaissons», explique en entrevue Chuck Ward, vice-président responsable des activités de filature chez Gildan.

Qualité et autosuffisance

L'entreprise continuera d'acheter du fil de fournisseurs externes, mais deviendra plus autosuffisante. Avec cette intégration verticale accrue, Gildan réduira ses coûts de plusieurs dizaines de millions de dollars par an. Mais en plus, l'entreprise produira du fil de meilleure qualité, ce qui lui permettra de se distinguer sur le marché avec des t-shirts, des sous-vêtements et des molletonnés aux caractéristiques uniques.

En Caroline-du-Nord, les investissements de Gildan marquent le retour de l'industrie du textile après des années de déclin, causées par le déplacement de la production vers les pays en développement.

À Mocksville, les travaux ont commencé en mai. Gildan a déboursé 2,3 millions US pour mettre la main sur une ancienne terre agricole où l'on s'affaire à ériger une gigantesque filature. «C'est l'un des plus importants projets que nous réalisons depuis la fondation de l'entreprise, en 1945», affirme Bob Palmes, vice-président de la firme de construction G.L. Wilson.

Pourquoi les États-Unis?

Gildan est actuellement l'entreprise qui investit le plus massivement dans des filatures aux États-Unis. Mais elle n'est pas seule. Depuis un an et demi, des groupes chinois, indiens et américains ont annoncé la construction d'usines de fil dans le sud-est du pays.

Mais qu'est-ce qui fait des États-Unis un endroit aussi intéressant pour installer de nouvelles filatures? «Nous avons examiné d'autres pays, notamment en Amérique centrale, mais le plus logique pour nous, c'était d'investir aux États-Unis», confie M. Ward.

D'abord, le pays regorge de coton, étant le troisième producteur mondial derrière la Chine et l'Inde. Gildan est d'ailleurs l'un des plus importants acheteurs de coton américain. Ensuite, l'approvisionnement en électricité coûte moins cher et est plus stable aux États-Unis que dans des pays comme le Honduras, où Gildan exploite plusieurs usines de vêtements. «Si vous allez dans un pays à faibles coûts où la fiabilité du réseau n'est pas la même, ça finit par coûter plus cher et à nuire à la qualité parce que la vitesse des machines change constamment. Tout ça élimine en bonne partie l'avantage des salaires moins élevés», explique le vice-président de Gildan.

De plus, dans le sud-est des États-Unis, où une bonne partie des activités de Gildan est concentrée, l'entreprise peut facilement trouver des travailleurs ayant une expérience dans l'industrie du textile. À Salisbury, Gildan a d'ailleurs recruté plusieurs anciens salariés du fabricant de serviettes de bain Cannon, qui a fait faillite en 2003.

Le fil qui est produit en Caroline-du-Nord et en Géorgie est expédié par camion et par bateau aux usines de Gildan au Honduras et en République dominicaine. Les vêtements finis sont ensuite envoyés dans les entrepôts de l'entreprise en Caroline-du-Nord et en Caroline-du-Sud, où s'approvisionnent les détaillants nord-américains.

Ce va-et-vient se fait en franchise de douanes puisque les États-Unis ont un accord de libre-échange avec le Honduras et la République dominicaine. Un traité semblable vient tout juste d'entrer en vigueur entre le Canada et le Honduras. Les négociations avec la République dominicaine sont toutefois interrompues depuis 2009.

Quoi qu'il en soit, il apparaît bien peu probable que Gildan rouvre des usines au Canada, où elle tire à peine 3% de ses revenus, contre 90% pour les États-Unis. Gildan a fermé ses dernières usines canadiennes en 2007.

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Une ville sans syndicat

Les grandes entreprises courtisent généralement plusieurs régions avant de décider où réaliser un investissement important. Les autorités locales scrutent elles aussi le passé d'un promoteur avant d'autoriser un projet. À Mocksville, en Caroline-du-Nord, on veut avant tout s'assurer que les futurs employeurs ne seront pas syndiqués.

Terry Bralley, président de l'organisme de développement économique du comté de Davie, ne s'en cache pas: c'est l'une des premières questions qu'il a posées aux représentants de Gildan lorsque ceux-ci lui ont présenté leur projet de construire une filature de 700 000 pieds carrés, l'an dernier.

«C'est une question d'équité envers les employeurs déjà présents [qui ne sont pas syndiqués], explique M. Bralley. Si des employés syndiqués débarquaient ici, ça ne prendrait pas beaucoup de temps avant qu'ils se mettent à parler aux autres travailleurs.»

Terry Bralley raconte qu'il y a quelques années, le comté a refusé un investissement de 15 millions US qui aurait créé 300 emplois parce que l'entreprise était syndiquée.

Gildan compte des salariés syndiqués au Honduras, en République dominicaine et au Nicaragua, mais pas aux États-Unis. Au début des années 2000, l'entreprise avait été critiquée pour des pratiques antisyndicales en Amérique latine, mais la situation s'est sensiblement améliorée depuis, selon des organismes de surveillance indépendants.

Rappelons que la Caroline-du-Nord est l'un des 24 États américains à avoir une loi de type «right-to-work», qui complique la syndicalisation en empêchant notamment le prélèvement automatique des cotisations syndicales.

Généreuses mesures incitatives

Ceci dit, les comtés de Davie et de Rowan ainsi que le gouvernement de Caroline-du-Nord ont déroulé le tapis rouge pour convaincre Gildan de s'installer chez eux. Pour son investissement de 340 millions US, l'entreprise montréalaise aura droit à des aides financières d'au moins 11,9 millions US, plus 1 million provenant d'un fonds financé par les dédommagements obtenus en 1998 des fabricants de tabac. L'État construira de nouvelles routes pour desservir les futures usines. À cela s'ajouteront des rabais sur les tarifs d'électricité.

Le salaire moyen des employés des nouvelles filatures de Gildan a été établi à 32 300$US, soit environ 15,50$US de l'heure pour des semaines de 40 heures. Ce chiffre couvre toutefois l'ensemble du personnel des usines, y compris les cadres.

«L'arrivée de Gildan, c'est la meilleure chose qui soit arrivée à Mocksville depuis très longtemps», lance le maire de la municipalité de 5100 habitants, Francis Slate, un médecin de 92 ans originaire d'Afrique du Sud. Il précise que la future usine représentera pas moins de 20% de l'assiette fiscale de Mocksville.

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L'EXPANSION DE GILDAN

1984 : Fondation de Gildan

1997 : Première usine au Honduras

1998 : Entrée en Bourse

2003 : Début des activités de filature de Gildan dans le cadre d'une coentreprise avec la firme américaine Frontier Spinning Mills

2005 : Fermeture des dernières usines de fil canadiennes de Gildan et transfert de l'équipement dans une nouvelle filature située à Clarkton, en Caroline-du-Nord

2007 : Fermeture des dernières usines de vêtements de Gildan au Canada

2010 : Acquisition d'une usine au Bangladesh

2012 : Rachat par Gildan de la totalité de la coentreprise mise sur pied avec Frontier

2013 : Lancement d'un nouveau programme d'investissements aux États-Unis, au Honduras et au Costa Rica

EMPLOIS DANS LE MONDE

Amérique centrale : 27 400

Antilles: 2700

États-Unis: 2350

Asie: 2300

Canada: 600

Total: 35 350

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LE SYSTÈME GILDAN

Sud-est des États-Unis

Les activités américaines de Gildan sont concentrées en Caroline-du-Nord, en Caroline-du-Sud et en Géorgie. L'entreprise y compte trois usines de fil, deux usines de fil en construction et plusieurs entrepôts. Le fil produit est expédié par bateau en Amérique centrale et dans les Antilles, où il est transformé en vêtements.

Amérique centrale

Cette région est le centre nerveux des activités de fabrication de Gildan. L'entreprise exploite des usines dans cinq villes du Honduras et trois villes du Nicaragua. Deux usines sont en construction au Costa Rica et au Honduras.

Île d'Hispaniola

Gildan exploite deux usines de vêtements en République dominicaine. Un sous-traitant de l'entreprise a aussi d'importantes activités en Haïti.

Barbade

L'une des deux divisions de Gildan a son siège à la Barbade, ce qui permet à l'entreprise d'abaisser significativement son taux d'imposition.




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