Mattel se fait rassurant

Le fondateur du fabricant de blocs de construction Vic... (Photo Graham Hughes, PC)

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Le fondateur du fabricant de blocs de construction Vic Bertrand, à gauche, et le président et chef de la direction Marc Bertrand.

Photo Graham Hughes, PC

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

Après avoir joué avec elles pendant plus d'un an, le fabricant des poupées Barbie s'approprie maintenant les briques Mega Bloks. L'américain Mattel offre 460 millions US pour acquérir Mega Brands.

L'offre d'achat a reçu l'appui d'actionnaires détenant 39% du capital-actions, de même que l'aval du conseil d'administration qui recommande aux actionnaires d'y donner suite. Une pénalité de 12 millions de dollars est payable à Mattel si jamais Mega Brands acceptait une meilleure offre non sollicitée.

Le géant d'El Segundo, en Californie, paiera 17,75$CAN par action et assume la dette de la société. La valeur de la transaction s'élève à 460 millions US, soit 9,8 fois le bénéfice avant impôt, intérêts et amortissement (BAIIA) de 47 millions US de Mega Brands en 2013.

Le prix de 17,75$ représente une prime de 32% par rapport au prix moyen de l'action à la clôture au cours des 30 séances précédant le 27 février. Ce prix équivaut à 1,1 fois le chiffre d'affaires de Mega Brands. L'action a bondi de 4,65$ hier à la Bourse de Toronto, à 17,72$. La transaction doit être approuvée par l'assemblée des actionnaires.

«Il n'existe pas de meilleur partenaire [que Mattel] pour l'avenir», a déclaré le président et chef de la direction de Mega Brands, Marc Bertrand, au cours de la téléconférence avec les analystes financiers et les journalistes hier matin. Il faisait écho à son portefeuille de marques renommées, à l'autonomie que Mattel laisse à ses filiales et au souci qu'il porte à l'éthique.

Les deux parties ont appris à se connaître depuis plus d'un an, depuis en fait que Mega Brands construit sous licence des jeux de construction de marque Barbie et Hot Wheels, deux marques phares du leader mondial du jouet dont les ventes atteignent 6,5 milliards US.

Pour Mattel, l'achat de l'inventeur des Mega Bloks lui permet d'entrer dans la catégorie des jeux de construction, où il brillait par son absence. La catégorie est en croissance et elle affiche de bonnes marges.

L'acquéreur, dont la marge brute se situe à 54%, entend rapidement relever celle de Mega Brands qui est de 37% seulement, sous la moyenne de l'industrie. Elle entend y arriver par des économies dans les processus d'achats de biens et de services, en mettant à profit son excellence opérationnelle et en augmentant rapidement ses ventes grâce à son réseau de distribution présent dans 150 pays.

Pour la famille Bertrand, la décision de vendre est essentiellement motivée par la volonté de faire croître la marque. Ses produits rejoindront un nombre incalculable de nouveaux consommateurs de par le monde. Ensuite, les nombreuses marques de Mattel comme Fisher-Price, Little People, Monster High, American Girls se déploieront dans des produits de construction, fabriqués par Mega Brands.

Montréal est là pour rester, assure Mattel

Est-ce que ces produits seront fabriqués en partie à Montréal? Tout porte à croire que oui, s'il faut s'en tenir aux propos rassurants tenus en conférence téléphonique par les grands patrons de Mattel.

«Les installations montréalaises sont au coeur de la transaction, en raison de leur expertise dans les jeux de construction», a soutenu Bryan G. Stockton, président et chef de la direction de Mattel. C'est une des raisons pour lesquelles nous achetons l'entreprise. Nous planifions de continuer d'y investir et n'avons aucun dessein de les fermer», a-t-il ajouté.

Se situent à Montréal le siège social de Mega Brands, son centre de recherche et développement et une usine hautement automatisée où se fait la moitié de la production. En tout, environ 1000 personnes y travaillent. L'entreprise avait l'intention de construire une nouvelle usine à Montréal et espérait une aide financière de 50 millions du gouvernement du Québec.

«Nous entendons investir davantage en machinerie à mesure que nous déploierons notre portefeuille de marques dans la catégorie des jeux de construction, à mesure que nous introduirons de nouveaux jeux sur le marché et que nous procéderons à l'expansion de leurs capacités de production», a poursuivi M. Stockton.

Mattel entend augmenter les budgets publicitaires dévolus à la marque, à la télé notamment, où Mega Brands est pratiquement absente.

Fin inespérée pour les actionnaires

L'annonce d'hier constitue un retournement de situation spectaculaire pour Mega Brands et ses principaux actionnaires. L'entreprise a failli mourir en 2010. Auparavant, la société avait dû surmonter la crise causée par divers incidents avec des jouets de sa filiale Rose Art et qui avait culminé avec la mort d'un enfant étouffé en avalant des aimants de certains de ces jouets.

Pas plus tard qu'il y a 18 mois, les frères Bertrand avaient dû se battre devant les tribunaux pour une affaire de délit d'initiés, avant d'être blanchis de toute malversation.

Plus de 60 millions pour la famille Bertrand

Les Bertrand père et fils n'exploiteront peut-être plus d'usine de jouets, mais ils ne manqueront pas d'argent pour jouer au père Noël encore longtemps.

Selon nos estimations, le père et ses deux fils recevront plus de 60 millions CAN avec la vente de leur joujou au géant Mattel pour la somme de 460 millions US.

L'information provient de la dernière circulaire de direction, des déclarations d'initiés et d'autres documents officiels disponibles sur Sedar.

Le fondateur du fabricant de blocs de construction, Victor père, président du conseil et troisième actionnaire en importance de la société, touchera 41 millions en vendant ses 2 311 785 actions à 17,75$ l'action. Sa participation a augmenté de 845 000 actions dans la dernière année après avoir exercé tous ses bons de souscription en vertu d'une entente sans décaissement.

Pour ce qui est du président et chef de la direction, Marc Bertrand, la vente lui rapportera au moins 11 millions avant impôt.

Son contrat de travail prévoit le versement d'une indemnité de départ équivalente à trois fois le montant de son salaire et de sa prime en cas de perte d'emploi suivant la vente de l'entreprise. Son salaire de base s'est élevé à 647 600$ en 2013. En 2012, il a touché une prime équivalente à 209% son salaire de base. On ne connaît pas le montant de sa prime pour 2013. En téléconférence, hier, Marc et son frère Vic fils ont confirmé leur départ de l'entreprise dans un an.

Vic Bertrand fils, chef de l'innovation, touchera pour sa part au moins 8 millions: minimalement 3 millions en indemnités de départ et 4,6 millions pour les actions, bons de souscription, options et unités d'actions qu'il détient.

Mega Brands, en dates

Fondé en 1967 et entré en Bourse en 2001, Mega Brands a connu des dernières années mouvementées avant sa vente à Mattel. Survol des 60 derniers mois.

10-16 novembre 2009: Mega Brands règle son litige avec la famille qui lui a vendu Rose Art en 2005. Les profits augmentent et le titre explose.

19 février 2010: Mega Brands a recours à la loi pour restructurer son capital. Les actionnaires approuvent la restructuration le 17 mars 2010.

11 mai 2011: L'AMF réclame 6,5 millions aux dirigeants de Mega Brands pour de présumés délits d'initié. Les dirigeants auraient vendu des actions après avoir appris la mort d'un petit garçon avec un jouet.

9 mai 2012: Mega Brands atteint son creux des cinq dernières années, à 5,62$.

6 septembre 2012: Le tribunal rejette toutes les allégations de délits d'initié contre les dirigeants. Le titre est sur une lancée.

28 février 2014: Mattel offre de racheter Mega Brands.




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