Le groupe américain de défense Lockheed Martin va licencier 4000 personnes, fermer quatre usines et réduire l'activité dans une cinquième pour s'adapter à la chute des dépenses du Pentagone.

Mis à jour le 14 nov. 2013
Veronique DUPONT AGENCE FRANCE-PRESSE

Ces réductions de postes annoncées jeudi représentent 3,4% des effectifs actuels du groupe, qui s'élèvent à 116 000 personnes actuellement. Depuis 2008, le groupe a déjà supprimé 30 000 postes soit une chute totale de 23% de ses effectifs sur 5 ans.

Lockheed veut «améliorer l'efficacité des opérations et rendre les produits et services (du groupe) plus abordables», «en réponse à la poursuite de la baisse des dépenses du gouvernement américain», explique-t-il dans son communiqué.

Face à l'incapacité des camps démocrate et républicain à s'entendre sur des baisses de dépenses de l'État fédéral, des coupes automatiques ont été mises en place en mars dans toutes les lignes budgétaires du gouvernement américain sans discernement, et le Pentagone en fait particulièrement les frais.

D'ici la mi-2015, le groupe de Bethesda, dans la banlieue de Washington, prévoit de fermer ses usines à Newtown (Pennsylvanie), Akron (Ohio), Goodyear (Arizona) et Horizon City (Texas). Il compte aussi cesser les activités sur quatre bâtiments de son campus de Sunnyvale, en Californie.

Ces fermetures vont se traduire par la suppression de 2000 postes, et d'autres mesures d'économies vont entraîner parallèlement l'élimination de 2000 autres emplois dans les divisions de systèmes d'information, de systèmes de mission et d'entraînement, et d'aérospatiale d'ici la fin 2014.

Les activités d'aérospatiale et de systèmes d'information vont être regroupées sur les sites de Denver (Colorado) et de Valley Forge (Pennsylvanie).

Le groupe avertit par ailleurs qu'il pourrait encore fermer deux autres usines. Il compte prendre une décision d'ici le début de l'année prochaine.

«Réduire nos effectifs et fermer nos sites fait partie des décisions les plus difficiles à prendre», a commenté Marillyn Hewson, directrice générale de Lockheed Martin.

«Face aux baisses de budget du gouvernement et à un paysage mondial de la sécurité de plus en plus complexe, ces mesures sont toutefois nécessaires pour l'avenir», a-t-elle ajouté.

Le groupe avait déjà licencié 600 personnes en octobre. Il avait aussi mis plusieurs milliers d'employés en congés sans solde lors de la fermeture partielle du gouvernement début octobre, conséquence de l'impasse budgétaire au Congrès.

Préserver ses résultats

Les mesures prises par Lockheed Martin visent à préserver ses résultats, qui sont restés bons ces derniers mois: au troisième trimestre il avait affiché un bond de 20% à 873 millions de dollars de son bénéfice et avait relevé ses prévisions.

Les investisseurs approuvaient: l'action progressait de 0,29% à 137,66 dollars, planant à un sommet sur cinq ans vers 13 h.

«Lockheed Martin continue à prendre des mesures proactives face à un budget de la Défense» qui a décliné de «17% depuis 2009», a commenté la maison de courtage Sterne Agee dans une note jeudi.

«Lockheed continue d'ajuster la taille de ses activités aux perspectives de contrats», renchérit Eric Hugel, analyste de S&P Capital IQ.

Pour lui, les concurrents comme Boeing ou Raytheon réduisent aussi leurs effectifs dans la défense, mais le font plus discrètement.

Les perspectives des dépenses militaires aux États-Unis restent moroses, dans un contexte de crise budgétaire prolongée aux États-Unis, et Lockheed se retrouve en première ligne.

Le Pentagone a subi 37 milliards de dollars de coupes automatiques l'an passé et s'apprête à en connaître à nouveau 52 milliards, soit 10% de son budget.

Cette contraction devrait se poursuivre. Le ministre de la Défense Chuck Hagel a indiqué début novembre que le gouvernement entrevoit «près de 1000 milliards de dollars de coupes dans les dépenses militaires sur une période de dix ans».