Candidat malheureux au rachat de Yoplait, Lactalis, premier groupe laitier français, est désormais premier actionnaire de l'italien Parmalat, dont il dit vouloir «accompagner le développement», ce qui irrite le gouvernement italien.

Mis à jour le 18 mars 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

Le groupe, connu pour ses marques comme Président, Bridel, Lactel ou encore Société mais aussi Galbani, a annoncé jeudi soir détenir 11,42% de l'italien et devenir ainsi le premier actionnaire d'un groupe au capital très éclaté.

Lactalis veut devenir un «actionnaire industriel de référence» de Parmalat et a précisé qu'il pourrait augmenter sa participation, mais il ne compte pas atteindre le seuil de déclenchement d'une offre publique d'achat.

Le groupe français n'a pas communiqué le prix auquel il a acquis, via une opération complexe, sa participation dans Parmalat.

Il a seulement indiqué dans son communiqué avoir «constitué une position globale, égale aujourd'hui à 11,42% du capital de Parmalat, en partie directe et en partie relative à un contrat de produits dérivés».

En termes de capitalisation, Parmalat pesait jeudi 4,3 milliards d'euros (environ 6 milliards de dollars canadiens) à la Bourse de Milan, ce qui valorise la participation directe du groupe français à 491 millions d'euros (environ 685 millions de dollars).

Lactalis veut siéger au conseil d'administration de Parmalat et présentera pour cela une liste de candidats lors de son renouvellement à l'occasion d'une assemblée générale convoquée en avril.

Dans un communiqué, Lactalis a précisé vouloir mettre sur pied «un projet qui permettrait aux deux groupes, tous deux leaders dans le secteur alimentaire, d'offrir une gamme complète de produits dans les industries laitières».

Cette intrusion du français dans le capital du groupe italien n'est pas du goût du Rome qui a annoncé vendredi envisager des mesures pour protéger les entreprises stratégiques italiennes. Le gouvernement de silvio Berlusconi l'a fait savoir à l'ambassadeur de France à Rome.

Lactalis s'intéressait à Parmalat depuis 2005. Le groupe possède déjà en Italie le groupe agroalimentaire Galbani repris en 2006.

De nouvelles rumeurs avaient couru ces dernières semaines, prêtant à certains fonds actionnaires l'intention de vendre leurs parts à Lactalis.

Mais ces derniers mois, le groupe mayennais s'était surtout intéressé à Yoplait, jusqu'ici détenu à parts égales par Sodiaal et PAI Partners. Ce dernier ayant annoncé son intention de vendre ses parts.

Lactalis a tenté d'abord de racheter la totalité de Yoplait, offre qui a été rejetée. Puis il a fait une offre pour la seule participation de PAI Partners, mais il a été écarté jeudi soir au profit de l'américain General Mills. Selon plusieurs sources, Lactalis ne semblait pas être le bienvenu près de Sodiaal.

Récemment, les deux groupes avaient été en concurrence pour reprendre Entremont, finalement racheté par Sodiaal.

Fleuron de l'économie italienne, Parmalat, dont le nom reste associé à l'un des krachs les plus retentissants d'Europe, compte aujourd'hui 14 000 salariés dans une quinzaine de pays, d'abord en Italie mais aussi au Canada, en Amérique du Sud, en Australie et en Afrique du Sud.

L'arrivée de Lactalis pourrait relancer les grandes manoeuvres dans le groupe italien alors que trois fonds étrangers se sont alliés contre l'actuel dirigeant, Enrico Bondi, aux commandes depuis le krach de 2003. Ce krach fut l'un des scandales financiers les plus retentissants en Europe. Il a laissé un trou de 14 milliards d'euros (environ 19,5 milliards de dollars) et englouti les économies de 135 000 épargnants.