La banque centrale américaine (Fed) devrait «bientôt» relever ses taux vu la vive allure de la croissance des États-Unis mais tire la sonnette d'alarme sur l'impact potentiellement négatif sur l'économie d'une escalade dans la guerre commerciale, selon un compte-rendu de la réunion monétaire du 1er août publié mercredi.

Publié le 22 août 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Comité monétaire de la Fed qui avait laissé ses taux inchangés le 1er août a estimé lors de cette réunion que si les données économiques continuent sur leur élan, «il sera probablement bientôt opportun» de relever encore les taux d'intérêt. La prochaine réunion monétaire est prévue le 26 septembre.

Les membres de la Fed s'inquiètent aussi des tensions commerciales dont l'escalade «constitue potentiellement un risque conséquent à la baisse pour l'activité économique» mais aussi «un défi pour la politique monétaire».

«Tous les participants» au Comité monétaire «ont pointé du doigt les désaccords commerciaux actuels comme étant une importante source d'incertitude et de risques».

«Si une dispute d'envergure se prolongeait, cela entraînerait des effets adverses sur la confiance des entrepreneurs, sur les dépenses d'investissements et sur l'emploi», avertit la banque centrale.

Washington s'apprête à infliger dès jeudi des tarifs douaniers de 25 % sur 16 milliards de produits chinois qui viennent en addition à 34 milliards de dollars de marchandises déjà taxées.

L'administration Trump, qui se plaint des pratiques commerciales «déloyales» de Pékin, envisage en outre d'imposer des taxes de 25 % sur 200 autres milliards de produits chinois dès le mois prochain.

Parallèlement, le dialogue a repris entre Washington et Pékin avec la rencontre sur deux jours à partir de mercredi dans la capitale fédérale, de délégations commerciales des deux pays.

Hormis cette menace que fait peser la guerre commerciale, la Fed s'est félicitée de la croissance «forte» au 2e trimestre (4,1 % en rythme annualisé, un plus haut en 4 ans). Elle pense néanmoins que l'expansion au dernier semestre, sera un peu en dessous de cette performance tout en étant «au-dessus du potentiel» de production. L'inflation devrait rester autour de l'objectif de 2 % de la Fed. Par contre, la banque centrale note que les augmentations de salaires sont toujours aussi modestes.

Dans ces conditions et vu qu'elle reste sur la trajectoire d'une remontée des taux au jour le jour qui pourraient atteindre 2,5 % à la fin de l'année, la Fed indique envisager «très bientôt» un changement de vocabulaire dans son communiqué sur la façon dont il qualifie la politique monétaire. Celle-ci est ainsi étiquetée comme étant «accommodante» depuis plus de huit ans, quand les taux sont tombés à zéro pour soutenir la reprise après la crise financière.

«Le langage du communiqué évoquant la nature «accommodante» de la politique monétaire devrait très prochainement devenir caduque», reconnaissent les minutes de la réunion d'il y a trois semaines.

Les participants semblent réfléchir au choix d'un nouveau vocabulaire pour qualifier l'influence de leur politique monétaire, qui, selon certains, pourrait être estampillée comme étant désormais «neutre».

L'idée d'une poursuite d'un relèvement du coût du crédit ne plaît pas au président Donald Trump qui a multiplié les critiques contre la politique monétaire de la Fed cette semaine, estimant qu'il n'était «pas emballé» par le patron de la banque centrale, qu'il a lui-même nommé.

Jerome Powell, qui a succédé à Janet Yellen en février, doit participer vendredi pour la première fois au symposium économique traditionnel des banquiers centraux à Jackson Hole (Wyoming) où il prononcera un discours.