Hausse des taux à l'horizon: faux pas ou franchise de Janet Yellen?

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En seulement deux mots - «six mois» -, Janet Yellen a évoqué, presque à contrecoeur, la date à laquelle il faut s'attendre à une hausse des taux après la fin du stimulus exceptionnel de la Fed.

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Virginie MONTET
Agence France-Presse
WASHINGTON

Alerte, sûre d'elle, étalant un savoir encyclopédique sur l'économie, la nouvelle présidente de la Réserve fédérale des États-Unis Janet Yellen a pourtant fait trembler les marchés en péchant par trop de précision lors de sa première conférence de presse mercredi.

En seulement deux mots - «six mois» -, elle a évoqué, presque à contrecoeur, semble-t-il, la date à laquelle il faut s'attendre à une hausse des taux après la fin du stimulus exceptionnel de la Fed.

«Janet Yellen a maîtrisé sa conférence de presse à l'issue de la réunion du Comité monétaire (FOMC) avec virtuosité», commentait Bob Eisenbeis, vice-président de la firme d'investissement Cumberland Investors. «Son seul faux pas, que les marchés ont tout de suite perçu, a été d'indiquer qu'un changement de politique monétaire pourrait intervenir dès six mois après la fin de l'aide de la Fed».

Pressée par les journalistes de préciser ce que voulait dire la nouvelle formule vague du communiqué du FOMC, qui ne parle plus que d'une «période considérable» avant une remontée des taux, Mme Yellen a hésité.

«Le langage que nous utilisons dans le communiqué fait référence à une "période considérable". Donc, c'est le genre de terme qui est difficile à quantifier ...», a-t-elle affirmé. «Peut-être de l'ordre de six mois».

Erreur de débutant?

Selon ce que décide l'institution sur le rythme du ralentissement de ce soutien monétaire, cela pourrait signifier que la hausse des taux interviendrait dès avril 2015, soit plus tôt que la mi-2015 évoquée jusque-là par la Fed.

La soudaine perspective d'une fin plus rapide qu'attendu de la politique accommodante a immédiatement fait plonger les marchés boursiers et obligataires. Jeudi, si Wall Street se redressait, les bourses européennes accusaient encore le coup tandis que le dollar reprenait de la vigueur.

«Suggérer un délai de six mois entre la fin des achats d'actifs et une hausse des taux n'était pas une bonne idée d'autant plus qu'on ne connaît pas à ce jour les facteurs d'une telle décision», affirme l'économiste indépendant Joel Naroff.

«Mauvaise réponse, erreur de débutant ! Elle n'aurait pas dû être aussi précise», juge Stephen Olinger, un ancien économiste de la Fed aujourd'hui expert à l'American Enterprise Institute (AEI).

«Elle aurait dû dire qu'ils évalueraient les choses sur la base des données économiques», précise-t-il à l'AFP.

Pour Paul Donovan, analyste chez UBS, Mme Yellen «était à la peine pour voiler ses pensées à la façon de l'oracle de Delphes».

Depuis décembre, la Fed a entamé une réduction progressive des liquidités massives qu'elle injecte dans le système financier pour soutenir la reprise.

Communication plus vague

Au rythme «mesuré» des réductions prévues, cette aide devrait s'éteindre «à l'automne», a dit Mme Yellen. Mais «le calendrier n'est pas clair, cela pourrait être à la réunion du FOMC d'octobre ou celle de décembre», souligne M. Olinger.

«Si on dit que le stimulus s'arrête au quatrième trimestre de cette année, vous avancez de six mois et vous êtes au deuxième trimestre de l'année prochaine. Cela veut dire un mouvement sur les taux au printemps», ajoute-t-il.

La Fed a en outre amendé mercredi son message d'orientation monétaire, abandonnant le seuil chiffré de 6,5% du taux de chômage en dessous duquel on peut envisager une hausse des taux pour le remplacer par une notion plus vague de «période considérable» suivant «les progrès de l'économie».

Le communiqué du FOMC se faisant moins informatif, les acteurs des marchés se sont tournés vers les prévisions fournies aussi par la Fed, particulièrement un graphique obscur indiquant par des petits points sur des axes la position des membres du Comité par rapport aux taux.

«Pour l'année 2015, les points sont montés !», résume l'économiste de l'AEI. Le marché obligataire n'a d'ailleurs pas attendu mercredi que Mme Yellen prenne la parole mais a vu les taux se tendre dès la publication de ces graphiques.

«La réaction des marchés était justifiée, je ne crois pas qu'ils aient surréagi», juge Steven Olinger.




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