Devant la croissance qui faiblit, la Réserve fédérale américaine prolongera jusqu'à la fin de l'année l'opération Twist (OT) qui devait prendre fin à la fin du mois.

Rudy Le Cours LA PRESSE

Ce faisant, les autorités monétaires américaines continueront de troquer les titres du Trésor américain qu'elles détiennent et qui viennent à échéance dans moins de trois ans contre d'autres d'échéance de six ans et plus.

Lancée en septembre, l'OT devait porter sur des trocs de 400 milliards US. Avec l'annonce d'hier, la Fed ajoute 267 milliards US.

«Assurément, s'il est nécessaire que nous prenions des mesures supplémentaires pour renforcer l'économie, nous envisagerions entre choses d'acheter davantage de titres financiers», a précisé Ben S. Bernanke, en conférence de presse. Le président de la Fed a aussi répété que «la politique monétaire a encore la capacité de stimuler l'économie en faisant baisser les taux d'intérêt», tout en se montrant avare de détails, sur une troisième ronde d'assouplissement quantitatif.

Un des atouts de l'OT, a souligné M. Bernanke, c'est qu'en créant de la rareté pour les obligations américaines de longue échéance, on pousse les investisseurs à placer leur argent ailleurs, comme dans les obligations corporatives, ce qui est de nature à stimuler la croissance.

Il a précisé que l'économie est ralentie par la crise européenne qui limite les exportations, par le marché de l'habitation toujours enlisé et par l'inquiétude grandissante des entreprises devant la ponction fiscale et les coupes budgétaires automatiques à compter du premier janvier. Plus l'année avance et plus on verra l'effet de cette incertitude, a indiqué M. Bernanke.

Devant ces vents adverses et les données économiques décevantes du printemps, les membres de la Fed ont diminué sensiblement leurs perspectives économiques.

La croissance cette année est ramenée dans une fourchette de 1,9% à 2,4%, celle de 2013 à de 2,2% à 2,8%. En avril, les fourchettes étaient de 2,4% à 2,9% pour 2012 et de 2,7% à 3,1% pour l'an prochain.

À l'inverse, la prévision du taux de chômage augmente. La fourchette est de 8,0% à 8,2% en fin d'année et de 7,5% à 8,0% en 2013. En avril, les projections étaient plutôt de 7,8% à 8,0% en fin d'année et de 7,3% à 7,7% en fin d'année. À long terme, la Fed estime toujours que le plein emploi se situe quand le chômage oscille entre 5,2% et 6,0%.

D'avril à mai, le taux des demandeurs d'emploi est passé de 8,1% à 8,2%.

«La croissance de l'emploi a ralenti ces derniers mois et le taux de chômage reste élevé», lit-on d'ailleurs dans le communiqué faisant part du prolongement de l'OT.

La Fed a aussi réduit ses projections d'inflation totale et d'inflation de base (qui exclut les prix des aliments et de l'énergie). Les deux indices devraient évoluer sous, mais près de, la cible de 2%.

Les projections de 2014 témoignent toutes de perspectives affaiblies.

Les autorités monétaires estiment toujours que le contexte économique justifie le maintien du taux directeur dans la fourchette de 0,0% à 0,25%, mise en place en décembre 2008, «au moins jusque vers la fin de 2014».

Fait à signaler, deux nouveaux membres se sont joints aux 17 qui avaient fait part de leurs prévisions en avril. Trois d'entre eux voyaient un premier changement de taux en 2012, autant en 2013, sept en 2014 et quatre en 2015. Le nouveau score est de trois, trois, sept et six ce qui place Jerome Powell et Jeremy Stein parmi les colombes. Comme c'est le cas depuis le début de l'année, Jeffrey Lacker a exprimé sa dissidence, parce qu'il est contre le prolongement de l'OT.

La Fed reconduit aussi le réinvestissement du principal et des intérêts de ses titres hypothécaires dans des titres adossés à des actifs hypothécaires.

En somme, la Fed a choisi de gagner du temps, sans fouiller dans sa boîte à outils non conventionnels, pour ne pas prêter flanc à la critique alors que la campagne présidentielle s'échauffe.