En acceptant un compromis fiscal avec des républicains renforcés, Barack Obama a ouvert cette semaine au nom du réalisme une nouvelle ère de sa présidence, non sans provoquer la révolte de certains alliés qui y ont vu un reniement des promesses de sa campagne.

Publié le 10 déc. 2010
Tangi Quemener AGENCE FRANCE-PRESSE

Avant même l'entrée en fonctions du nouveau Congrès, le président des États-Unis a pris acte de la défaite de ses alliés démocrates aux législatives du 2 novembre en annonçant lundi un accord prolongeant les cadeaux fiscaux de l'ère Bush pour les plus riches, à rebours de ses engagements précédents.

La Maison Blanche est immédiatement passée à l'offensive afin de faire avaler cette pilule amère aux démocrates, ce qui n'a pas empêché leur groupe à la Chambre des représentants d'entrer en révolte ouverte contre ce qu'ils ont assimilé à une capitulation en rase campagne.

Le président a fait valoir que cette prolongation des allégements fiscaux expirerait en 2012, à point nommé pour nourrir les débats de la prochaine campagne présidentielle. Il a aussi souligné qu'il avait obtenu en échange une prolongation de l'assurance-chômage jusqu'à fin 2011 et d'autres aides pour la classe moyenne.

«En définitive, il faut que tout le monde agisse de façon responsable et ne pense pas au combat politique au Congrès, mais aux familles qui se demandent, en plein milieu de la saison des fêtes, si elles vont toucher les allocations», a indiqué M. Obama à la radio publique vendredi, en affichant son optimisme sur le destin de l'accord au Congrès.

À défaut, les impôts de tous les Américains, prélevés à la source, vont automatiquement augmenter le 1er janvier. Les allocations chômage ont pour leur part expiré fin novembre.

Après avoir affirmé pendant des mois que les allégements fiscaux pour les Américains les plus aisés creuseraient davantage le déficit budgétaire, la Maison Blanche a été contrainte de recadrer son message; «le déficit sera plus élevé à court terme, mais moins à long terme», a ainsi estimé mercredi le principal conseiller économique de M. Obama, Lawrence Summers.

D'un strict point de vue politique, la Maison Blanche a aussi assuré que ce marchandage avait débouché sur une solution certes imparfaite, mais la meilleure possible étant donné le nouvel équilibre du pouvoir à Washington.

Et face aux démocrates qui seraient tentés de voter contre, M. Summers a sorti l'argument-massue, déclarant que dans ce cas, «les risques de voir l'économie caler et rechuter» dans la récession étaient réels.

Sur la forme, une fois l'accord conclu, M. Obama n'a pas forcément modéré sa rhétorique envers les républicains, les accusant d'avoir «pris en otage» la classe moyenne, et affirmant qu'il avait transigé pour «éviter que les otages ne soient blessés», des mots forts destinés à calmer sa base.

Mais il a aussi mis en garde ses alliés contre un rejet des compromis nécessaires pour gouverner un pays où «tout le monde n'est pas d'accord avec nous». L'instransigeance, a-t-il dit mardi lors d'une conférence de presse, mène à «la satisfaction d'avoir une position de puriste et aucune victoire pour les Américains».

«Obama est un homme de gauche réaliste», estime Thomas Mann, de l'institut Brookings.

Le président a beaucoup demandé aux démocrates pendant deux ans, mais «son changement de position pendant la session parlementaire de fin d'année constitue un ajustement face à la réalité», déclare cet expert en sciences politiques à l'AFP. Pour autant, «Obama n'a pas abandonné les objectifs» de sa présidence, assure-t-il.

Pour l'éditorialiste du New York Times David Brooks, qui estimait lui aussi jeudi que M. Obama avait joué au mieux ses cartes, les «hurlements» des démocrates montrent qu'«ils sentent que leur pouvoir est en train de leur échapper».