Le déficit commercial, qui prend des proportions de plus en plus inquiétantes, s'ajoute à la longue liste des maux de l'économie des États-Unis, les chiffres du commerce extérieur de juin publiés mercredi ayant de quoi faire douter encore de la reprise économique.

Mis à jour le 13 août 2010
Hugues Honore AGENCE FRANCE-PRESSE

Le déficit s'est brutalement creusé sur ce mois, à 49,9 milliards de dollars, soit son plus haut niveau depuis octobre 2008. Les importations ont continué leur inexorable progression (+3,0%), tandis que les exportations reculaient (-1,3%).

«C'est spectaculairement mauvais», a affirmé Ian Shepherdson, de High Frequency Economics. Christopher Cornell, de Moody's Economy.com, s'étonnait devant «la plus forte hausse mensuelle du déficit commercial depuis des décennies».

Dans l'immédiat, les analystes s'inquiétaient de l'effet mathématique sur la croissance du deuxième trimestre qui, sans aucun doute, sera révisée fin août à la baisse. La première estimation, publiée fin juillet, la situait à 2,4% en rythme annuel.

Certains sombraient dans le pessimisme. Pour Peter Newland, de Barclays, cette croissance «se dirige désormais vers les 0,3%», tandis que d'après Nigel Gault, d'IHS Global Insight, elle devrait être «de seulement 1,2%».

D'autres relativisaient. Jeffrey Rosen, de Briefing.com, voyait dans les chiffres de juin «plus une anomalie qu'une tendance durable», en relevant entre autres un pic dans les importations d'or et de pierres précieuses.

Le déficit commercial, ce traditionnel péché des États-Unis, se creuse pourtant depuis le printemps 2009 sans que rien ne puisse l'entraver. Après son gonflement de 83% en un an, le record établi en janvier 2006 (66,9 milliards de dollars) semble à portée.

«Les tendances se sont clairement orientées vers une aggravation du problème des déséquilibres mondiaux à long terme, qui avait été mis à l'arrière-plan durant la Grande récession et ses suites immédiates», a expliqué M. Cornell.

Difficile aujourd'hui d'occulter la montée constante du déficit commercial avec la Chine. Il est au plus haut depuis octobre 2008 également, à 26,2 milliards de dollars.

Et il n'est pas éloigné des 28,7 milliards de dollars d'excédent commercial annoncés par Pékin pour juillet, une statistique qui a provoqué un certain malaise à Washington.

«Ces chiffres montrent le peu de raisons qu'a la Chine de mettre fin à la manipulation de sa monnaie, à moins qu'on ne l'y oblige», avait réagi le sénateur républicain Charles Schumer, partisan de sanctions commerciales contre le deuxième partenaire commercial des États-Unis.

L'ambition du président Barack Obama de doubler les exportations américaines entre 2009 et 2014, par exemple vers une Chine qui tire la croissance mondiale, paraît aujourd'hui moins bien engagée qu'il y a quelques mois.

Dans le détail des exportations de juin, «les baisses les plus démoralisantes concernent les biens d'équipement et les fournitures et matériaux industriels, ce qui montre un affaiblissement de la reprise mondiale vu que l'investissement fléchit», a souligné M. Cornell.

Le cycle vertueux de la reprise de la consommation américaine alimentant la demande des émergents, et en retour les exportations américaines, paraît s'être essoufflé.

«Ces statistiques prouvent qu'une part considérable du décollage de certaines économies était due à une hausse de la demande américaine qui ne paraît désormais pas viable», a commenté Steven Ricchiuto, de Mizuho Securities.