Dix-sept groupes financiers américains aidés par l'État ont versé des primes ou bonus «inappropriés» pour environ 1,7 milliard de dollars au coeur de la crise financière, a déclaré vendredi le «superviseur spécial» chargé de contrôler la paye dans ces entreprises.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Ces entreprises «ont réalisé des versements inappropriés pour environ 1,7 milliard de dollars» entre octobre 2008 et février 2009, a déclaré Kenneth Feinberg, lors d'une conférence de presse.

«C'était inapproprié. Cela n'était pas illégal, ils n'ont violé aucune» règle, mais c'était «une erreur de jugement», a-t-il ajouté.

La liste des 17 sociétés contient les plus grand noms de la finance américaine, notamment le groupe de services financiers American Express, l'assureur AIG, et les banques Bank of America, Citigroup, JPMorgan Chase, Morgan Stanley, Bank of New York Mellon, Goldman Sachs, US Bancorp et Wells Fargo, principaux bénéficiaires du plan de sauvetage du système financier lancé en octobre 2008.

M. Feinberg a été nommé par le président américain Barack Obama pour encadrer la paye dans les sociétés ayant été renflouées plus d'une fois par l'État dans le cadre de ce plan doté de 700 milliards de dollars de fonds publics.

Il devait également enquêter sur les pratiques de rémunération dans les 419 entreprises, essentiellement des banques, ayant reçu l'aide de l'État entre le lancement de ce plan, sous le président George Bush, et le plan de relance budgétaire voté en février sous son successeur.

La loi de relance avait imposé des restrictions à la paye dans les entreprises aidées.

M. Feinberg a déterminé qu'aucun des groupes qu'il a épinglés n'avait versé de bonus ou de primes «contraires à l'intérêt public» eu égard aux lois et réglementations de l'époque.

La tâche, longtemps après les faits, n'était pas facile, vu le peu de lignes directrices contenues initialement dans le plan de sauvetage sur ces questions de rémunérations, a-t-il fait valoir.

Selon lui, le fait qu'onze des dix-sept groupes nommés aient déjà remboursé intégralement l'aide dont ils ont bénéficié tend à prouver que ceux-ci n'ont pas bafoué l'intérêt des contribuables.

M. Feinberg a rappelé que Citigroup, qui n'a pas remboursé l'intégralité de l'aide reçue, a déjà «revu ses méthodes de rémunération», sous sa férule.

Restent cinq groupes, quatre banques d'importance secondaire et AIG, qui a défrayé la chronique à plusieurs reprises pour des bonus retentissants alors que son sauvetage a mobilisé plus de 170 milliards de dollars.

Pour ces groupes, comme pour les autres, il convient «d'aller de l'avant en retenant les leçons» de la crise afin de «refermer ce triste chapitre», a dit M. Feinberg.

Le «tsar de la paye», comme l'appellent les journaux américains, a indiqué avoir proposé aux dix-sept sociétés ayant agi selon lui de façon inconsidérée de se doter d'un règlement leur permettant de s'affranchir, en cas de crise, des bonus qu'ils doivent verser à leurs employés.

Cette «clause de non-application» de certaines dispositions prévues contractuellement est «en accord avec» la réforme de Wall Street promulguée mercredi et les différents efforts des régulateurs pour assainir le système, a-t-il dit.

«Je ne suis pas trop inquiet pour Goldman Sachs ou d'autres [...] quant à la perspective de les voir perdre des dirigeants clef» s'ils adoptent cette proposition, a-t-il dit.