Pendant que les banques se plaignaient des milliers de pages de règles supplémentaires qui encadreront désormais leur secteur, les marchés ont réagi avec soulagement à l'accord obtenu au Congrès sur la réforme financière américaine.

Hugo Fontaine LA PRESSE

L'indice des financières du S&P 500 a gagné 2,8%, tandis que les plus grandes banques américaines, Goldman Sachs en tête, ont gagné entre 2,5 et 3,5%.

«À ce stade, le fait que le projet de loi semble être sur le point d'être voté devrait lever le voile d'incertitude qui couvrait l'industrie financière, même si on ne connaît pas encore l'impact sur la rentabilité, sur les dynamiques de l'emploi dans le secteur ou sur les prêts aux particuliers», a observé Frederic Dickson, de la firme D.A. Davidson.

Il a fallu une séance finale de 20 heures de négociation pour que les délégués du Sénat et de la Chambre des représentants, rejoints en cours de route par des membres de l'administration présidentielle, en arrivent à un accord sur un texte commun sur la manière d'encadrer les activités de Wall Street.

À la lecture des quelque 2000 pages du projet de loi, l'Association américaine des banques a rechigné, soutenant que les petites banques ne pourraient tout simplement pas faire face à cette nouvelle réglementation.

Mais globalement, l'impact paraît beaucoup moins grand que ce que les banques craignaient à l'origine, estiment les observateurs. «Il y aura une certaine adaptation, mais je ne vois pas d'impact colossal», dit Benjamin Wallace, analyste chez Grimes&Co., au Massachusetts.

«En considérant le point d'origine de cette législation, j'imagine que les firmes de Wall Street sont assez heureuses actuellement», affirme Dean Baker, codirecteur du Centre pour la recherche sur l'économie et les politiques publiques à Washington.

La fin du casino

En quelques mots, le projet de loi vise à restreindre la capacité des banques à investir et spéculer avec leurs propres capitaux. Mais, pour que les élus en arrivent à une entente, le projet de loi a été dilué en plusieurs points.

La clause Volcker, nommée d'après l'ancien président de la Réserve fédérale Paul Volcker, devait interdire aux banques de faire des placements risqués avec leurs propres fonds, afin qu'elles se concentrent sur leurs activités de prêt. Mais la nouvelle version du texte prévoit qu'elles pourront effectuer des investissements limités (3%) dans certains secteurs comme les fonds de couverture et les fonds d'investissement privés.

Si certains analystes estiment que l'impact de la nouvelle clause Volcker est minime, James Ellman, président de la société de fonds de couverture Seacliff Capital, estime qu'elle représente un important changement de direction pour une industrie qui plaçait une part toujours plus grande de son capital dans les paris et les investissements plus risqués. Le casino est terminé, explique essentiellement M. Hellman.

Les banques se voient aussi limitées dans leur utilisation des produits dérivés, comme les swaps de défaut de crédit, qui ont été au coeur de la dernière crise financière. Mais elles pourront continuer d'utiliser certains produits pour se couvrir, comme des contrats basés sur les taux d'intérêt et les taux de change.

Les autorités politiques obtiennent aussi de nouveaux pouvoirs pour surveiller et contrôler le secteur financier. La Securities and Exchange Commission (SEC) disposera aussi de pouvoirs étendus pour surveiller Wall Street et en particulier les fonds spéculatifs. Et un nouvel organisme de protection des consommateurs sera intégré à la Réserve fédérale.

Obama satisfait

Le président Barack Obama, qui soutient que 90% de ce qu'il a proposé se retrouve dans le projet, était ravi de voir sa réforme franchir une étape de plus vers son adoption. Les deux chambres du Congrès (à majorité démocrate) voteront sur ce nouveau texte mardi prochain et le président Obama pourrait promulguer la loi le 4 juillet prochain.

«Nous avons vu ce qui se passe lorsque Wall Street est mal encadré et pas assez transparent, a déclaré le président. Les réformes en cours au Congrès rendront Wall Street plus responsable afin que nous puissions empêcher que se produise une nouvelle crise financière comparable à celle dont nous sommes encore en train de nous remettre.»

- Avec Bloomberg et Agence France-Presse