L'entreprise GNL Québec a dévoilé hier l'étude d'impact environnemental de son gigantesque projet de 9 milliards de dollars à Saguenay. Elle promet de produire le gaz naturel liquéfié « le plus vert au monde », mais les opposants dénoncent un coup de marketing.

GABRIEL BÉLAND LA PRESSE

L'usine, qui doit être opérationnelle dès 2025, produirait un gaz naturel liquéfié moins polluant que les autres. C'est ce que confirme l'étude commandée par GNL Québec, qui a été remise hier aux gouvernements fédéral et provincial, comme le prévoit le processus d'évaluation environnementale.

« Le terminal doit produire 84 % moins de gaz à effet de serre qu'un terminal conventionnel dans le golfe du Mexique, par exemple », estime Pierre-Olivier Roy, du Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services. « On explique cela par l'utilisation d'hydroélectricité. »

Parallèlement au projet d'usine, une entreprise soeur de GNL Québec veut construire un gazoduc de 750 km pour relier le réseau gazier de l'Ontario à la future usine de Saguenay. Le gaz sera transformé, puis expédié par bateau en Europe et en Asie.

La plupart des usines de liquéfaction sont alimentées en énergie par le gaz lui-même ; entre 8 et 14 % du gaz est ainsi autoconsommé, note M. Roy. Mais l'usine que projette GNL Québec sera alimentée par Hydro-Québec, ce qui la distingue des autres partout dans le monde.

Des questions en suspens

Les études dévoilées par l'entreprise hier ont toutefois de la difficulté à établir exactement la quantité de gaz à effet de serre que générera le projet. GNL Québec dit vouloir « répondre à la demande d'énergie plus propre et remplacer le pétrole et le charbon ».

Mais il n'est pas clair si le gaz éventuellement produit à Saguenay remplacera réellement une partie de la consommation mondiale de charbon, ou s'il s'ajoutera simplement à la consommation existante.

Pas nuisible aux bélugas

L'étude d'impact environnemental se fait aussi rassurante quant aux répercussions du projet sur les bélugas. Elle note toutefois que les mammifères pourraient subir les conséquences des bruits subaquatiques, entrer en collision avec un navire ou faire les frais d'un déversement. Elle estime que ces risques sont faibles.

« La collision entre deux navires pourrait potentiellement mener à un déversement », explique Caroline Hardy, directrice de l'environnement chez GNL Québec. « Mais ce type d'accident est peu probable. »

L'entreprise estime que trois ou quatre navires navigueront chaque semaine dans le fjord pour transporter le gaz.

Une « campagne de marketing » 

La Coalition Fjord, un groupe qui s'oppose au projet, a qualifié de « campagne de marketing » le dévoilement hier de l'étude d'impact avant son analyse par les gouvernements. Le groupe déplore notamment que cette étude n'ait pas inclus le projet de gazoduc.

« Il y a aussi les projets d'Arianne Phosphate et de BlackRock. On trouve ça ridicule de ne pas étudier tous les impacts de ces projets, dit Adrien Guibert-Barthez, co-porte-parole de la Coalition Fjord. Ça peut changer le visage de la région et ça aura des impacts importants juste pour le transport maritime. »