Les New-Yorkais ont chaud depuis une semaine, les Bostoniens et les Torontois encore plus. Alors ils climatisent à plein régime, et Hydro-Québec en profite.

Marie-Eve Fournier LA PRESSE

Ses revenus d'exportation dans ces marchés sont jusqu'à 60 % plus élevés ces jours-ci qu'en temps normal, ce qui rapporte « des millions ». La Presse a discuté de cette canicule idéale - longue et collée sur le solstice d'été - avec le directeur du parquet de transactions énergétiques de la société d'État, Simon Bergevin.

« L'an dernier, les températures du 29 juin au 5 juillet étaient sous la normale, affirme-t-il. Alors cette année [en raison de la canicule], les prix de l'électricité sont 50 % plus élevés en Nouvelle-Angleterre. À New York, c'est même 60 % de plus [...]. On fait de très bonnes affaires grâce à la canicule. » 

250 $US

Prix maximum du mégawattheure (MWh) obtenu depuis le début de la canicule

47 $US

Prix moyen du MWh en Nouvelle-Angleterre depuis une semaine

32 $US

Prix moyen du MWh en Nouvelle-Angleterre à la même période l'an dernier

***

Près d'un record de consommation dans l'état de New York

Le lundi 2 juillet, l'État a consommé 31 330 MWh.

Le record avait été atteint le 19 juillet 2013 : 39 200 MWh.

125 000 MWh

Plus grande quantité d'électricité exportée par Hydro-Québec en une seule journée depuis le début de la canicule (le vendredi 29 juin). La demande a légèrement baissé cette semaine en raison du congé du 4 juillet [fête de l'Indépendance].

Cela se compare à une moyenne de 88 767 MWh/jour en 2017. Les ventes en Ontario font partie des exportations.

De 15 h à 20 h

Période de la journée où la consommation d'électricité est à son pic pendant les canicules. L'hiver, il y a deux pics (au lever et au retour à la maison).

Ontario : 34 $ au lieu de 6 $

L'Ontario est un « marché d'été » pour Hydro-Québec. « Présentement, on leur vend autant que d'habitude, mais les prix sont meilleurs », précise Simon Bergevin.

Depuis une semaine, le prix moyen en Ontario est de 34 $ le MWh.

À pareille date l'an dernier, il était plutôt de 6 $.

La canicule parfaite

Si l'actuelle canicule fait des heureux au 18e étage du siège social d'Hydro-Québec, où est situé son parquet de transactions énergétiques, c'est parce qu'elle est, dans un premier temps, longue. « Les petites canicules de deux jours, ça ne crée pas tant de demande que ça », note Simon Bergevin.

Et, dans un deuxième temps, elle est tôt dans l'été. Les journées sont longues, les besoins en climatisation se poursuivent tard en soirée, ce qui n'est pas le cas lorsqu'une canicule nous arrive à la fin d'août ou en septembre.

L'électricité d'Hydro moins chère que le mazout

Même si la demande est très forte en Nouvelle-Angleterre et dans l'État de New York, ces régions ne manqueraient pas d'électricité si Hydro-Québec ne leur en vendait pas. Si elles choisissent de s'approvisionner au Québec, c'est simplement parce que c'est moins cher. « [Sans nous], ils partiraient des centrales qu'ils partent rarement, probablement au mazout, et les prix exploseraient », explique Simon Bergevin.

2008-2018

Le prix de l'électricité aux États-Unis a beaucoup diminué en raison de la production locale accrue de gaz de schiste. De plus, les mesures d'efficacité énergétique portent leurs fruits, ce qui réduit la demande américaine et, par conséquent, les prix.

Résultat : « En 2008, on faisait autant de revenus grâce à nos exportations aux États-Unis avec la moitié du volume, note Simon Bergevin. On leur avait vendu 15 TWh pour 1,5 milliard de dollars. Aujourd'hui, on leur vend plus 30 TWh. »

Vers une année record ?

Simon Bergevin n'est pas autorisé à dévoiler des données financières qui se retrouveront dans le prochain rapport trimestriel d'Hydro-Québec. Mais, souriant, il affirme qu'en juin, il y a eu « beaucoup de volume » exporté.

« On a eu un excellent mois de juin, un excellent deuxième trimestre, et un excellent semestre. Très excellent, même ! Est-ce que ça se dit, très excellent ? »

Pourquoi ?

• Le début d'année a été marqué au Québec par des températures très basses.

• Le mois d'avril a également été sous la moyenne.

• La canicule frappe plusieurs régions depuis fin juin, tant au Canada qu'aux États-Unis.

Loin de la demande hivernale

La canicule de la dernière semaine a aussi fait croître la demande d'électricité au Québec, mais on est loin des pics hivernaux.

19 000* : consommation lors de températures estivales normales

21 000 : depuis le début de la canicule  

De 37 000 à 38 000 : lors des grands froids d'hiver

39 142 : record hivernal, en janvier 2014

* en MWh/jour