Les exportateurs de bois québécois auront droit au soutien financier du gouvernement Couillard, pour absorber à court terme le choc des droits compensatoires autour de 20 % imposés par les États-Unis.

Jocelyne Richer LA PRESSE CANADIENNE

Québec se dit prêt à débourser jusqu'à 300 millions pour fournir des prêts et des garanties de prêts aux producteurs de bois québécois frappés de plein fouet par les mesures protectionnistes annoncées mardi par le département américain du Commerce.

Le soutien de Québec, annoncé mardi en conférence de presse par trois ministres du gouvernement Couillard, en présence notamment de gens de l'industrie et du négociateur en chef du gouvernement dans ce dossier, l'ex-ambassadeur Raymond Chrétien, passera par le programme ESSOR du ministère de l'Économie.

Éventuellement, on croit ainsi pouvoir fournir des liquidités à quelque 200 entreprises forestières, qui pourront souffler un peu, en attendant que le litige entre le Canada et les États-Unis soit réglé.

Du point de vue du Québec, la décision des Américains paraît «à la fois injustifiable, hautement et parfaitement déraisonnable», a commenté la ministre de l'Économie, Dominique Anglade.

À ces droits compensatoires, déjà difficiles à absorber pour l'industrie québécoise, pourraient s'ajouter d'autres mesures de représailles des Américains sous forme de droits antidumping attendus le 23 juin, a déploré de son côté Raymond Chrétien.

Il est donc encore difficile de mesurer toute l'ampleur de l'opération américaine visant à freiner les importations de bois en provenance du Québec, et toute l'ampleur des conséquences à anticiper pour cette industrie.

En parallèle, le gouvernement Couillard accentue la pression sur le gouvernement Trudeau pour qu'il fasse sa part sans tarder et annonce lui aussi quel type d'aide financière il entend apporter à l'industrie forestière québécoise, pour éviter des pertes éventuelles de milliers d'emplois entraînées par cette surtaxe imposée par les voisins américains.

La ministre Anglade et le ministre des Forêts, Luc Blanchette, ont cependant été incapables de chiffrer leurs attentes envers Ottawa en termes de contribution financière espérée. «On va laisser au fédéral le soin de répondre», a laissé tomber Mme Anglade.

L'industrie forestière québécoise compte quelque 60 000 emplois répartis dans plusieurs régions.

«Les Américains sont toujours très durs en affaires et ne nous font jamais de cadeau. Ils l'ont démontré de nouveau cette fois-ci», a conclu M. Chrétien, qui a passé sept ans en poste à l'ambassade canadienne à Washington.

Il a tracé un parallèle entre le conflit sur le bois d'oeuvre et les négociations difficiles qui s'annoncent en vue de renégocier les bases de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), une des quatre grandes priorités du président Donald Trump. Selon lui, le règlement du litige sur le bois d'oeuvre pourrait même être facilité par la volonté de Washington de consacrer plutôt son énergie à la réécriture de l'ALÉNA.

«M. Trump est un "deal maker", a résumé M. Chrétien, en se montrant optimiste, malgré les nombreux obstacles sur sa route.

À son avis, «on ne pourra rien faire du côté de l'ALÉNA, tant et aussi longtemps qu'on n'aura pas réglé le problème du bois-d'oeuvre».

Déjà, ce litige a commencé à «polluer lourdement l'atmosphère» entre le Canada et les États-Unis, selon l'ex-ambassadeur.

Le programme ESSOR sera rendu disponible aux producteurs de bois dès maintenant.

C'est ce qui à la fois réjouit et inquiète l'opposition péquiste, qui demande que ce programme soit mieux adapté aux besoins des producteurs de bois.

Elle demande que Québec s'assure que le programme sera modifié pour faire en sorte que toutes les entreprises visées pourront se qualifier, et ce, sans seuil minimal ou maximal.

Le PQ estime qu'il serait normal par ailleurs qu'Ottawa acquitte «la moitié de la facture» du soutien financier gouvernemental promis, a soutenu en point de presse le porte-parole en finances, Nicolas Marceau.

Compte tenu de l'ampleur de la crise appréhendée et de la quantité d'emplois en jeu, la Coalition avenir Québec (CAQ) demande de son côté que le premier ministre Philippe Couillard se saisisse «personnellement» du dossier.