Le libre-échange « n'est plus dans le langage » des Américains qui veulent un système de « quotas fermes » partout au Canada dans le dossier du bois d'oeuvre, estime Richard Garneau, président et chef de la direction de Produits forestiers Résolu. Le PDG du plus important producteur de bois d'oeuvre au Québec s'attend à un conflit commercial qui coûtera des emplois au Québec. « On parle de pertes d'emplois, c'est aussi simple que ça », dit-il en entrevue à La Presse.

Mis à jour le 7 oct. 2016
Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

Le grand patron de Produits forestiers Résolu s'inquiète particulièrement du silence des Américains sur la demande du Québec d'obtenir un régime de libre-échange en raison des changements effectués au régime forestier québécois en 2013 pour le rendre plus concurrentiel. « Le Québec a fait une copie conforme du système dans plusieurs États américains », dit Richard Garneau.

À une semaine de la date butoir du 12 octobre, une dizaine d'entreprises canadiennes, dont Produits forestiers Résolu, Tembec et Eacom Timber au Québec, ont rencontré le représentant américain au Commerce Michael Froman mercredi à Toronto. Selon Résolu et Eacom, les États-Unis veulent un système de quotas fermes partout au Canada.

« "Free et fair trade", ce n'est plus dans le langage, dit Richard Garneau. [...] Si la demande [aux États-Unis] n'est pas suffisante, ils veulent que ce soit les scieries canadiennes [qui en fassent les frais]. [...] Ils ne sont pas contents de l'entente de 2006, ça n'a pas fonctionné comme ils pensaient. Ils ne sont pas contents, même s'il s'est perdu 20 000 jobs au Québec et 10 000 en Ontario. Ils veulent protéger leur marché, ils veulent que le Canada s'y soumette. »

« Les États-Unis demandent des quotas fermes à un niveau insoutenable pour nous. Ils demandent une "diminution significative" des parts de marché pour les entreprises canadiennes », dit Kevin Edgson, PDG d'Eacom Timber, une autre entreprise forestière québécoise.

Le gouvernement américain n'a pas mentionné mercredi le niveau des quotas demandés - un signe évident qu'un accord avant le 12 octobre est hautement improbable. « Je me serais attendu à une indication claire et précise sur les parts de marché, dit M. Garneau. La part de marché historique du Canada est de 34 %, les rumeurs [de quotas] vont aussi bas que 22 %. »

SILENCE POUR LE LIBRE-ÉCHANGE AU QUÉBEC

L'industrie québécoise s'inquiète aussi du silence des Américains sur la demande d'un régime de libre-échange pour le Québec. Mercredi, le gouvernement américain n'a pas fait connaître sa position malgré les arguments de l'industrie québécoise.

« On a invité les Américains à venir tester le marché québécois [il y a plusieurs mois], le gouvernement du Québec a dit "Venez, on va ouvrir nos livres, on va vous montrer ce qu'on a mis en place, ça rencontre les critères que vous avez", dit le président et chef de la direction de Résolu. [...] Ça fait déjà un petit bout de temps, et les Américains n'ont pas manifesté d'intérêt. »

Résolu fait valoir que le prix du bois a augmenté de 12 à 14 % depuis deux ans. « S'il y a des tarifs [imposés par les Américains dans le cadre d'un litige commercial], c'est bien évident qu'au Québec, tu ne peux pas avoir une taxe par-dessus ça, ça va avoir des impacts immédiats sur la capacité à opérer », dit Richard Garneau.