Hydrocarbures: oui au pétrole québécois, mais...

Les lois québécoises ne sont toujours pas prêtes... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Les lois québécoises ne sont toujours pas prêtes pour bien encadrer l'industrie pétrolière, selon le rapport de l'Évaluation environnementale stratégique que Québec a rendu public hier.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

Même si l'exploitation du pétrole et du gaz est difficilement conciliable avec ses objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES), le Québec gagnerait à exploiter ses hydrocarbures, estime le rapport de l'Évaluation environnementale stratégique rendu public hier par le gouvernement. Le document propose neuf recommandations pour exploiter le pétrole d'Anticosti, une projet auquel s'oppose Nature Québec.

Le puits Galt no 4 de la compagnie... (Photo Olivier Pontbriand, archives La Presse) - image 1.0

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Le puits Galt no 4 de la compagnie Junex, situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Gaspé.

Photo Olivier Pontbriand, archives La Presse

Un oui conditionnel au pétrole québécois

Le Québec devrait ouvrir la porte à l'exploitation des hydrocarbures en milieu terrestre et dans le golfe du Saint-Laurent, à condition de réformer complètement les lois qui encadrent actuellement cette activité.

Le pétrole et le gaz québécois seraient même plus « verts » que la moyenne, parce qu'ils seraient produits sur un territoire qui a choisi de réduire ses émissions totales de gaz à effet de serre (GES).

C'est ce qui ressort du volumineux rapport de l'Évaluation environnementale stratégique (EES) sur la filière des hydrocarbures, rendu public hier par le gouvernement québécois.

L'étude passe en revue les risques et les avantages de l'exploitation du gaz et du pétrole, qui varient selon le type de ressource, selon les méthodes d'exploitation et selon le contexte géographique.

Les experts minimisent les risques qui ont le plus mobilisé la population québécoise pendant le débat sur le gaz de schiste. En effet, la pollution des eaux souterraines par des « composés chimiques, des fluides de forage ou des hydrocarbures » est jugée « extrêmement rare » quand les puits sont bien conçus.

De la même manière, on croit que les risques sismiques qui ont fait la manchette ces derniers mois, avec la multiplication des tremblements de terre dans le nord de la Colombie-Britannique, ne devraient pas être un frein à cette filière.

Enfin, on concède qu'une « éventuelle exploitation des hydrocarbures en territoire québécois contribuera inévitablement à faire augmenter le bilan actuel en matière de GES ». En ce sens, « l'exploitation des hydrocarbures apparaît donc, à long terme, comme difficilement conciliable avec les objectifs du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques ».

Mais, ajoute-t-on, « ces émissions seraient cependant soumises à un système de plafonnement, ce qui n'est pas le cas pour les hydrocarbures actuellement importés au Québec ».

En effet, le Québec a mis en vigueur l'an dernier son Système de plafonnement et d'échanges de droits d'émission (SPEDE), communément appelé « marché du carbone ».

Une éventuelle filière québécoise des hydrocarbures serait soumise à ce système, qui prévoit une diminution progressive des émissions annuelles de gaz à effet de serre. Autrement dit, le pétrole et le gaz québécois seraient plus « verts » que ceux qu'on importe actuellement.

Mais les lois québécoises ne sont toujours pas prêtes pour bien encadrer l'industrie.

« Le gouvernement doit procéder à la révision en profondeur du régime d'autorisation inscrit dans la Loi sur la qualité de l'environnement », affirme-t-on.

On note entre autres que les « outils de planification des collectivités locales [sont] en partie inopérants compte tenu de la préséance de la Loi sur les mines sur la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme ».

Cette impuissance des collectivités à encadrer l'industrie avait alimenté la révolte contre l'industrie du gaz de schiste au début de la décennie. Ces conditions sont toujours en place.

Bénéfices économiques

Les signataires du rapport laissent à d'autres le soin de calculer avec précision la rentabilité de l'exploitation du pétrole, mais ils soulignent que le Québec pourrait en tirer des bénéfices économiques importants.

Une nouvelle expertise pourrait aussi voir le jour, qui profiterait aux fournisseurs de biens et de services ainsi qu'aux travailleurs. À Anticosti, par exemple, entre 2220 et 2600 emplois directs et indirects par année seraient créés pendant les 75 ans que durerait la production. Ces travailleurs pourraient espérer des salaires élevés.

Cette richesse nouvelle devrait être partagée selon un calcul inspiré des meilleures pratiques ailleurs dans le monde, qui tiendrait compte des communautés concernées, affirme le rapport.

Mais même s'il décide de se lancer dans l'exploitation pétrolière et gazière, le Québec ne deviendra pas l'Arabie saoudite. « Peu importe le scénario de production envisagé, le Québec demeurera un producteur marginal d'hydrocarbures dans le monde. »

En fait, le comité estime que si les efforts de réduction de la consommation de pétrole se poursuivent, la production locale de pétrole et de gaz serait à peu près équivalente à la consommation totale des Québécois en 2050.

À long terme, la demande mondiale de pétrole devrait croître plus rapidement que l'offre, ce qui laisse présager une remontée des prix. En arrivant sur ce marché, les entreprises québécoises devront faire concurrence aux entreprises établies qui auront des coûts de production inférieurs, parce qu'elles ne seront pas soumises aux mêmes règles environnementales.

Les producteurs québécois pourraient toutefois développer un marché local, suggère le rapport, en offrant un prix plus avantageux à des consommateurs situés plus près qui profiteraient d'un coût de transport réduit, en plus des avantages environnementaux associés à la réduction des distances parcourues par le pétrole brut.

Quatre études en trois ans

L'Évaluation environnementale stratégique sur les hydrocarbures a été réalisée par un comité formé de représentants du gouvernement québécois et d'experts indépendants, dont Pierre-Olivier Pineau (HEC Montréal) et Nathalie de Marcellis-Warin (Cirano). Les deux études publiées hier sont les dernières en date sur quatre. Celle sur le gaz de schiste, publiée en janvier 2014, a conclu que le « contexte [n'était] pas favorable au développement de la filière au Québec ». Celle sur les hydrocarbures en milieu marin, publiée en 2013, a permis au gouvernement de confirmer le moratoire définitif sur l'exploitation dans l'estuaire, à l'ouest d'Anticosti. Mais en même temps, il ouvrait la porte pour les forages dans le golfe du Saint-Laurent, plus à l'est.

Deux recommandations

-Soumettre les projets à la Loi sur l'environnement

Cela peut sembler une évidence, mais l'exploitation de pétrole et de gaz n'est pas soumise à la Procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement. Cela devrait changer, affirme-t-on.

-Exiger des réservoirs fermés

Les puits de gaz ou de pétrole de schiste posent leur plus grand risque pour l'environnement en surface avec la manipulation de l'eau qui ressort du puits chargée de produits chimiques et de minéraux. Le rapport recommande de « stocker les eaux usées dans des réservoirs fermés », ce qui serait une exigence unique sur le continent.

En chiffres

Consommation prévue au Québec en 2050

13,9 millions de barils de pétrole par année

230 milliards de pieds cubes de gaz naturel

Production maximale possible à Anticosti

12,3 millions de barils de pétrole par année

246 milliards de pieds cubes de gaz naturel




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