Pourquoi l'Ontario n'achètera pas les surplus d'Hydro-Québec

L'Ontario n'aurait pas avantage à conclure des ententes... (Photo Phil Noble, Archives Reuters)

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L'Ontario n'aurait pas avantage à conclure des ententes à long terme avec Hydro-Québec, selon deux rapports d'experts.

Photo Phil Noble, Archives Reuters

Hélène Baril

L'Ontario continuera d'acheter ponctuellement de l'électricité au Québec, mais elle n'a pas avantage à conclure des contrats d'approvisionnement à long terme avec Hydro-Québec.

C'est la conclusion du rapport commun de l'Independant Electricity System Operator et de l'Ontario Power Authority, qui ont examiné les options qui s'offrent à la province. Au moment où la province voisine s'apprête à dépenser des milliards de dollars dans la rénovation de ses centrales nucléaires, le rapport suggère une continuité dans la politique énergétique de l'Ontario, malgré les surplus d'électricité disponibles à la frontière du Québec.

Pourquoi ne pas acheter les surplus d'électricité du Québec, de l'énergie verte, qui coûterait moins cher par kilowattheure que l'énergie produite par les centrales nucléaires rénovées? C'est une solution simple, qui séduit les environnementalistes et les antinucléaires, mais ce n'en est pas vraiment une. La réalité est plus complexe.

L'urgence n'est pas là

Le Québec dispose immédiatement de surplus d'électricité importants, mais l'Ontario ne manque pas d'électricité et ne prévoit pas avoir besoin de nouveaux approvisionnements avant plusieurs années. Au Québec, les surplus devraient augmenter avec la mise en service de la Romaine, et diminuer ensuite avec le temps. Tout contrat d'approvisionnement ferme avec l'Ontario nécessiterait la construction de nouvelles centrales au Québec, à un coût de plus en plus élevé.

L'indépendance énergétique

Aucun pays ou province n'aime dépendre d'un autre pour son approvisionnement en énergie de base. Il ne faut pas s'étonner que l'Ontario préfère produire l'énergie dont elle a besoin, quitte à en importer de petites quantités au besoin, plutôt que de dépendre du Québec pour une partie de ses besoins de base.

La fiabilité

«Face à une pénurie possible l'hiver dernier et l'hiver précédent, Hydro-Québec a demandé à ses clients de baisser le chauffage. Ça n'est pas ce qu'on peut appeler un fournisseur fiable», a dit John Barret, président et chef de la direction de l'Association nucléaire canadienne.

Hydro-Québec a des surplus importants, mais elle achète massivement sur les marchés voisins en période de grands froids l'hiver. En Ontario, c'est l'été que les besoins sont les plus grands, ce qui rend les deux réseaux complémentaires. Mais avant de signer un contrat d'approvisionnement à long terme pour de grandes quantités d'énergie avec un fournisseur, il vaut mieux que sa capacité ne soit pas aussi limitée par les variations saisonnières. Les partisans de l'énergie «made in Ontario» ne manquent pas une occasion de le rappeler.

Le prix

Pour s'approvisionner à long terme avec Hydro-Québec, l'Ontario devrait consentir des investissements importants dans son réseau de transport, ce qui augmenterait considérablement le prix du kilowattheure importé. Pour remplacer la production de la centrale nucléaire de Darlington (3800 mégawatts) par de l'électricité québécoise, il faudrait construire une nouvelle ligne de transport au coût de 2,2 milliards.

Selon l'Ontario Clean Air Alliance, la province de l'Ontario pourrait acheter de l'électricité du Québec à plus bas prix que l'énergie produite par les centrales nucléaires rénovées. C'est vrai tant qu'il y a des surplus qui ne peuvent être écoulés à bas prix, souligne le professeur Jean-Thomas Bernard, mais sur 15 ou 20 ans, cette analyse ne tient pas la route. Une fois les surplus disparus, Hydro devrait exporter son électricité à un prix supérieur à son coût de production, qui est de 10 cents le kilowattheure, pour que ce soit rentable.

Pour Hydro-Québec, il sera toujours plus avantageux d'exporter en Nouvelle-Angleterre, où les prix de l'électricité sont plus élevés qu'en Ontario.

Pour l'Ontario, la solution la plus logique et la moins coûteuse pour augmenter la production d'électricité reste la construction de centrales au gaz naturel.

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Coûts de revient

6 cents/kWh

Centrales nucléaires actuelles

8,6 cents/kWh

Centrales nucléaires rénovées

5,7 cents/kWh

Importations du Québec (surplus)

7,5 cents/kWh

Nouvelles centrales au gaz




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