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L'essence, un marché qui obéit à ses propres règles

... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Photo Marco Campanozzi, La Presse

Hélène Baril

Il fut un temps où un changement des prix à la pompe était un événement. Un temps pas si lointain, précise un collègue qui a été pompiste dans les années 90. Aujourd'hui, la station-service du coin affiche souvent un prix différent le matin, le midi et le soir. Et les prix ont la fâcheuse tendance à monter avant les week-ends et les longs congés, tout le monde sait ça.

Vrai ou faux?

Vrai, les prix à la pompe ont tendance à augmenter avec le début de l'été et à diminuer à la fin de la belle saison. Le scénario se vérifie année après année, révèlent les données compilées par la Régie de l'énergie depuis 2008 pour la région de Montréal.

La consommation d'essence augmente en été, avec les escapades à la campagne, les balades en moto ou en bateau et, bien sûr, les vacances de la construction, qui vident la ville de sa circulation. Les raffineurs et les détaillants en profitent, c'est un fait.

Deuxième constatation: c'est le lundi qu'il faut faire le plein à Montréal. C'est toujours la journée de la semaine où les prix sont les plus bas.

Quant à savoir si les prix augmentent à la veille des longs week-ends et des vacances, les chiffres ne sont pas aussi tranchés. Ça arrive souvent, mais pas tout le temps, ont constaté les broyeurs de chiffres de La Presse.

Le CAA-Québec est déjà arrivé aux mêmes conclusions. En examinant les statistiques de l'année 2012, l'organisation avait constaté que cinq des huit longs congés avaient été précédés d'une hausse des prix à la pompe non justifiée par une augmentation des coûts d'approvisionnement.

La vente d'essence au détail est un secteur de faibles marges, où la clé de la rentabilité est le volume. Il est donc logique pour un détaillant d'augmenter son prix quand il sait que la demande est là, pour le baisser ensuite quand les voyageurs sont rentrés à la maison et ont repris le travail. Le lundi, par exemple.

«Cette stratégie est encore utilisée, mais pas de façon systématique», explique Philippe St-Pierre, directeur adjoint de CAA-Québec.

Peut-être parce qu'elle était trop évidente et suscitait trop de frustration chez les consommateurs?

Selon lui, les détaillants d'essence ne se gênent plus pour augmenter leurs prix sans raison et n'importe quand.

C'est aussi ce que constate MJ Ervin&Associates, la firme qui suit de près l'évolution du prix de l'essence au Canada. «Le marché de l'essence évolue sans lien avec le prix du pétrole brut», affirme son plus récent rapport. En été, les raffineurs en profitent pour augmenter leur marge.

Après avoir examiné l'évolution des prix à la pompe au Canada depuis 2006, MJ Ervin conclut que les hausses avant les longs week-ends sont un mythe alimenté par la méfiance des consommateurs envers les pétrolières.

Selon le CAA, toutefois, cette conclusion de MJ Ervin ne tient pas compte des hausses justifiées ou non par une augmentation des coûts d'approvisionnement.

La Régie de l'énergie du Québec, qui pourrait trancher ce débat en interprétant les statistiques qu'elle collige depuis 2008, ne le fait pas et n'a pas l'intention de le faire.

«Ce n'est pas notre mandat, dit sa porte-parole, Véronique Dubois. Notre mandat, c'est de renseigner. Le ministre ne nous a jamais demandé de le faire.»

Une société distincte

La grande volatilité des prix à la pompe au Québec est interprétée par l'industrie comme une preuve que le marché fonctionne bien.

Carol Montreuil, porte-parole de l'Association canadienne des carburants, reconnaît que le marché de l'essence québécois a énormément changé depuis 20 ans. «On est passé du gaz-bar aux stations à haut débit, où l'essence est un produit d'appel. La seule façon qu'on a d'attirer le consommateur, c'est le prix», dit-il.

Le Québec est, à cet égard, une société distincte. Contrairement aux États-Unis ou ailleurs au Canada, où deux stations-service peuvent coexister en affichant des prix différents, au Québec, seul le prix compte.

«Ici, on change nos habitudes pour un demi-sou», dit le porte-parole de l'industrie.

La volatilité des prix, qui peuvent changer plus d'une fois dans la même journée, est une réponse des détaillants à cette attitude des consommateurs québécois. «C'est aussi un signe d'un marché en surcapacité, où il y a trop d'acteurs qui se battent pour un marché qui ne grossit pas beaucoup.»

La concurrence, c'est bon pour le consommateur, estime pour sa part Sonia Marcotte, porte-parole de l'Association québécoise des indépendants du pétrole. Elle rappelle que les prix hors taxes sont moins élevés au Québec qu'ailleurs au Canada - une preuve que le plus grand nombre d'acteurs dans le marché est positif pour le consommateur.

C'est vrai, mais le vacancier qui remplit son réservoir sur la route des vacances maudit quand même les pétrolières qui s'en mettent plein les poches.

Peut-être à tort, parce que le marché n'est plus dominé par les grandes pétrolières qui contrôlent la ressource de l'exploration jusqu'à la pompe. Elles se retirent peu à peu du marché de détail.

Ce sont des indépendants, et pas nécessairement des petites entreprises, qui contrôlent 70% des prix à la pompe au Québec.

On pense à Eko, Crevier ou Couche-Tard, qui ont leurs propres enseignes, mais moins à Sobey's, qui a racheté le réseau de stations-service de Shell au Québec et dans les Maritimes. Après les raffineurs, ce sont eux qui ont le dernier mot sur le prix affiché à la pompe.

Bonnes vacances quand même...

- Recherche: Thomas De lorimier et Sylvain Gilbert 




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