En cas de guerre économique avec la Russie, il y aurait surtout des perdants

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Le gaz russe pèse environ un tiers de l'approvisionnement européen.

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Aurélia END
Agence France-Presse
PARIS

Des Européens sans gaz ou presque, et des Russes privés d'investissements et de capitaux dont ils ont bien besoin: en cas d'escalade de la crise en Ukraine et de sanctions économiques réciproques, il n'y aurait que des perdants, soulignent les économistes, qui ne croient pas à une telle escalade.

«Il n'y aura que des perdants» si la Russie et les Occidentaux prennent des mesures de rétorsion économique, ce qu'il «ne croit pas», assure à l'AFP Arnaud Dubien, président de l'Observatoire franco-russe, centre de recherche dépendant de la Chambre de commerce franco-russe.

Vendredi, l'association des entrepreneurs européens actifs en Russie, l'AEB, s'est fendue d'un communiqué pour demander «un dialogue constructif» et rappeler «la forte interdépendance» économique.

Christian Schulz, de la banque Berenberg, juge que des sanctions «feraient un peu de mal à l'Europe», mais que c'est surtout «la Russie (qui) se nuirait à elle-même», dans un contexte de croissance poussive (1,3% en 2013) et de fuite déjà conséquente de capitaux privés (17 milliards de dollars depuis le début de l'année).

L'institut de recherches Oxford Economics a simulé les conséquences d'une escalade du conflit en Ukraine, avec «de nouvelles intrusions militaires russes» débouchant sur une interruption des livraisons de gaz russe via l'Ukraine, et «quelques représailles financières «contre la Russie.

Selon ses conclusions, le prix du gaz sur le marché en Europe augmenterait de 15% et celui du pétrole de 10%, la zone euro subirait un recul de 1,5% du produit intérieur brut (PIB) d'ici 2015 par rapport au «scénario de base» (hors escalade militaire), s'aggravant à -3% pour certains pays de l'Est. États-Unis et Asie connaîtraient un impact «plus limité».

La Russie grande perdante

Mais, assure Oxford Economics, «le plus grand perdant serait la Russie»: le rouble déclinerait fortement, l'inflation flamberait et le PIB russe baisserait de 2% en 2014 puis 4,5% en 2015 par rapport au scénario de base. L'Ukraine serait elle en faillite.

Lundi déjà, en un seul jour, la banque centrale russe a dû dépenser 11 milliards de dollars pour défendre sa devise. C'est cinq fois plus qu'elle n'avait jamais dépensé pour une intervention sur les marchés.

En cas de sanctions commerciales majeures, par exemple d'embargo sur 80% des ventes russes de gaz et de pétrole, les prévisions d'Oxford Economics sont encore plus sombres, avec un PIB russe en recul de 10% d'ici fin 2015 par rapport au scénario de base.

Christian Schulz rappelle que le gaz russe pèse environ un tiers de l'approvisionnement européen. Mais selon lui, «dans un contexte de reprise européenne et avec la venue du printemps, la Russie a besoin de ses revenus énergétiques plus que l'Europe n'a besoin» de son gaz.

Les exportations russes l'an dernier hors CEI (ex-URSS sans les pays baltes et la Géorgie) étaient composées à 74,5% d'hydrocarbures, et représentaient l'équivalent d'entre 15 et 20% du Produit intérieur brut.

M. Schulz rappelle aussi que la relation commerciale est très déséquilibrée: «les exportations européennes vers la Russie pesaient 1% du PIB européen en 2012, mais les exportations russes vers l'Union européenne pesaient elles 15% du PIB russe.»

Pour lui, la Russie risque de faire fuir les investissements «dont elle a besoin pour se moderniser» et de décrocher pour de bon des autres grands émergents, le Brésil, l'Inde et la Chine qui eux «réforment leurs économies».

La France laisserait des plumes

Un constat que M. Dubien tient à nuancer, affirmant que les Européens et en particulier les Français laisseraient aussi des plumes en cas de guerre économique.

«37 des entreprises du CAC 40, l'indice boursier vedette en France, sont présentes en Russie et y enregistrent des succès, dont elles ne se vantent pas trop en raison de l'ambiance de ''Russian bashing''», assure ce promoteur du développement des relations économiques avec la Russie.

Il indique que la Russie est pour la France le troisième marché à l'exportation hors Europe, et ce dans un contexte «où chaque million de notre balance commerciale (très déficitaire) compte».

Par ailleurs, la Russie n'est pas désarmée notamment face à des attaques contre sa monnaie. Elle possède de gigantesques réserves de devises, qui se montaient à 493,4 milliards de dollars le 21 février dernier.




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