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Anticosti: «Un investissement à très haut risque»

La première ministre Pauline Marois lors de l'annonce... (PHOTO RYAN REMIORZ, PC)

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La première ministre Pauline Marois lors de l'annonce de la campagne d'exploration pétrolière sur l'île Anticosti de Québéc, jeudi.

PHOTO RYAN REMIORZ, PC

La campagne d'exploration pétrolière annoncée jeudi est très risquée, et le désintérêt total des grandes pétrolières pour Anticosti devrait servir d'avertissement. C'est ce qu'affirme l'ingénieur géologue Marc Durand, un ancien professeur à l'Université du Québec à Montréal.

«C'est un investissement à très haut risque. Des fonds publics là-dedans, je trouve ça scandaleux. C'est comme miser tout son argent sur un seul billet de loterie», dit-il.

«On parle d'un total de 46 milliards de barils d'hydrocarbures en place, mais on n'a pas trouvé une seule goutte de pétrole sous forme liquide, dit-il. Selon toute apparence, c'est du pétrole très bien emprisonné dans la roche mère. La seule possibilité, c'est les nouvelles perspectives qu'offre la fracturation hydraulique.»

Cette technique d'abord employée dans le secteur du gaz de schiste a permis de débloquer la ressource en pétrole de schiste du gisement Bakken, au Dakota-du-Nord.

Mais la technique ne marche pas à tout coup. Dans un gisement voisin du Bakken, celui d'Elm Coulee, au Wyoming, la production de pétrole de schiste a reculé après un boom initial. Les puits ne sont pas aussi productifs que l'espérait l'industrie.

Et même quand la fracturation hydraulique fonctionne, elle ne permet d'extraire qu'une infime fraction du pétrole en place.

«À partir des expériences du Bakken au Dakota-du-Nord et de l'Utica dans l'Ohio, il est raisonnable de penser qu'on va en extraire seulement 1 % ou 2 %.»

M. Durand conteste la prétention de Pétrolia, qui croit pouvoir extraire 5 % de la ressource.

Ce n'est donc pas 46 milliards de barils que recèlerait Anticosti, mais plutôt de 400 à 800 millions. «À 100 $ le baril, ça veut dire 40 milliards ou peut-être 80 milliards de dollars si on veut être optimiste», affirme M. Durand.

Et cette ressource coûte cher à extraire. Chaque forage doit être guidé par une équipe d'ingénieurs spécialisés afin que la portion horizontale du puits atteigne la cible.

Le forage est suivi d'une complexe et coûteuse opération de fracturation hydraulique.

Selon M. Durand, en Ohio, dans la formation Utica, le coût des forages horizontaux oscille autour de 11 millions.

Et il faut faire environ deux forages par kilomètre carré.

Étant donné que la superficie potentiellement exploitable d'Anticosti totalise environ 6000 km2, il faut prévoir 10 000 ou 12 000 forages pour extraire toute la ressource.

«À 10 millions de dollars le forage, on parle de 120 milliards d'investissements pour peut-être 80 milliards en valeur, dit-il. Alors, il faut se poser la question si ce sera rentable. Sans même parler des considérations environnementales.

«On a assez de chiffres pour pouvoir dire que la rentabilité est plus qu'hypothétique, dit-il. Les grandes pétrolières ne se sont pas intéressées à Anticosti. Les compagnies sérieuses ne mettent même pas Anticosti dans les gisements potentiels.»




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