L'éclatement du cartel russe de la potasse s'est violemment répercuté sur les places boursières mondiales, y compris à Toronto où le géant canadien Potash Corporation a perdu 16% de sa valeur, soit près de 2 milliards de dollars, mardi. L'économie canadienne pourrait même s'en trouver affectée.

Paul Durivage LA PRESSE

Les actions du producteur d'engrais chimiques PotashCorp [[|ticker sym='T.POT'|]] ont chuté de 6,24$, à 32,66$, entraînant avec elles l'indice global du marché, le S&P/TSX, qui accuse une baisse de près d'une centaine de points, alors que les marchés américains sont pratiquement inchangés.

Le producteur Agrium [[|ticker sym='T.AGU'|]], le rival canadien de PotashCorp, a aussi plié en Bourse, bien que dans une moindre mesure, soit de 5%, à 89,15$, la potasse important moins dans son offre d'engrais.

La chute des cours des producteurs de potasse est généralisée dans le monde. Le géant américain Mosaic [[|ticker sym='MOS'|]] largue 18% de sa valeur, à 43,81$US, tandis que le fabricant allemand K+S s'effondrait de 23,7%, à 20,4 euros. À l'origine de la crise, le groupe Uralkali a abandonné près du cinquième de sa valeur à la Bourse de Moscou.

La fin d'une ère

«C'est la fin d'une ère de discipline sur les prix dans le secteur», ont commenté les analystes de Deutsche Bank, selon qui la séparation des partenaires du cartel russe BPC est «une nouvelle désastreuse pour le secteur de la potasse dans le monde».

Uralkali, grand nom russe de la potasse avec 20% du marché mondial, a rompu avec son partenaire biélorusse Belarusian Potash après que l'ex-république soviétique a commencé à brader sa production. Uralkali compte sur des volumes de ventes records et des baisses de coûts pour compenser la chute de prix pouvant atteindre 25% causée par son divorce.

Le duopole formé du cartel russe BPC et du groupement nord-américain Canpotex (PotashCorp, Agrium et Mosaic) comptait pour 70% des approvisionnements de la planète. Sa discipline lui valait des marges d'exploitation de plus de 50% sur les volumes extraits des mines.

La guerre de prix annoncée fera le jeu des agriculteurs et, indirectement, des consommateurs, mais pourrait aussi entraîner l'annulation de projets de développement dans le secteur. PotashCorp a déjà réduit la cadence de production de trois de ses usines canadiennes, afin d'équilibrer son offre avec la demande chancelante au dernier trimestre.

Impact sur le PIB canadien

«Les variations de volumes auront un impact significatif, si ce n'est pas massif, sur le produit intérieur brut (PIB) canadien», affirme l'économiste Avery Shenfeld, de la CIBC. La production de potasse compte pour un peu moins de 0,5% du PIB canadien et 1,5% des exportations de biens canadiens, selon ses estimations.

Une chute de 25% des volumes de vente de potasse au troisième trimestre, associée possiblement à une réduction de la production alors que les acheteurs attendront d'obtenir des prix encore plus bas, pourrait ainsi réduire de 0,1% le PIB du troisième trimestre, estime l'économiste de la CIBC. L'ampleur appréhendée de la baisse ne lui paraît pas déraisonnable: «En fait, cela pourrait bien être 30-40%.»

Un rebond des affaires est toutefois prévu au quatrième trimestre lorsque les acheteurs se presseront de boucler les contrats à bas prix.

Paul Ferley, assistant-chef économiste à la Banque Royale, précise que le choc sera plus fort pour la province de la Saskatchewan, dont 2% du PIB et 17% des exportations proviennent de ses réserves de potasse, les plus importantes du monde.

Le dollar canadien sera aussi percuté, note l'économiste de la Royale, bien que l'ampleur soit difficile à évaluer. «Mais la direction est nettement à la baisse», affirme-t-il.