Malgré les incertitudes économiques à l'échelle globale, le développement des ressources naturelles canadiennes se poursuit à grands coups de milliards. La valeur des grands projets d'investissement annoncés ou en cours au Canada atteint 356 milliards de dollars à la fin de 2012, une hausse de plus de 100 milliards sur un an largement explicable par l'annonce de nombreux projets de transport de gaz et pétrole.

Mis à jour le 31 janv. 2013
Hugo Fontaine LA PRESSE

Selon un rapport de la firme de recherche montréalaise E&B Data, que La Presse Affaires a pu consulter, les sociétés ont annoncé en 2012 sept projets d'oléoducs et de gazoducs et trois projets de terminaux méthaniers, pour une valeur combinée de 60 milliards. Par comparaison, les annonces de projets d'extraction des hydrocarbures dépassaient à peine 5 milliards, tandis que les annonces du secteur minier totalisaient 20 milliards - en baisse de 60% par rapport aux annonces de 2011.

L'Asie est visée

Ce n'est pas un hasard si l'industrie des hydrocarbures met maintenant des milliards sur des pipelines ou des terminaux méthaniers en Alberta et en Colombie-Britannique. «L'enjeu est de pouvoir commercialiser les hydrocarbures canadiens», observe E&B Data dans son rapport. «L'autosuffisance croissante des États-Unis en termes énergétiques amène en effet les investisseurs canadiens, dans une situation de surplus énergétique grandissant, à viser les marchés outremer.»

Les prix nord-américains pour le gaz naturel sont «anémiques», note E&B Data. Les producteurs canadiens visent donc l'Asie, où les prix sont beaucoup plus attrayants. Pour cela, il faut des gazoducs vers la Colombie-Britannique et des terminaux de gaz naturel liquéfié. Parmi les projets annoncés en 2012, mentionnons les projets de terminaux de Shell Consortium (12 milliards) et Petronas (11 milliards), de même que le gazoduc de Spectra Energy (8 milliards), tous trois en Colombie-Britannique.

C'est d'ailleurs cette province qui a fait le plein de projets cette année. La valeur des investissements annoncés ou en cours est passée de 35 à 85 milliards en un an. L'Alberta et ses sables bitumineux restent loin devant avec des projets d'une valeur de 154 milliards, en hausse de 30 milliards.

Avec des investissements projetés d'une valeur de 43,5 milliards - un gain de près de 10 milliards par rapport à 2011 - le Québec occupe le troisième rang, avec 12,2% du total canadien.

Parmi les investissements majeurs annoncés au Québec en 2012, le plus concret est sans doute celui de la coopérative indienne IFFCO, qui compte construire une usine de fertilisants à Bécancour pour 1,4 milliard. Sont aussi inclus un projet d'usine de 3,8 milliards de Rio Tinto Fer et Titane, aussi à Bécancour, et le projet de mine de fer d'Oceanic Iron Ore à la Baie d'Ungava (environ 4,4 milliards), à l'étape de l'étude de faisabilité.

E&B Data compile les projets d'investissement annoncés ou en cours émanant de sociétés privées et d'une valeur supérieure à 1 milliard. La presque totalité de ces projets sont dans le secteur des ressources naturelles. Il s'agit de projets dont plusieurs sont toujours à un stade préliminaire, sans garantie qu'ils se concrétiseront.

Les projets en chiffres

356 milliards

Valeur des projets d'investissement annoncés ou en cours au Canada à la fin de 2012 (104 projets)

103 milliards

Valeur des projets d'investissement annoncés au Canada en 2012 (24 projets)

43,5 milliards

Valeur des projets d'investissement annoncés ou en cours au Québec à la fin de 2012 (16 projets)

9,6 milliards

Valeur des projets d'investissement annoncés au Québec en 2012 (3 projets)

Source: E&B Data