L'administration Obama dit non au controversé pipeline Keystone XL, du moins pour le moment.

Mis à jour le 19 janv. 2012
Martin Croteau LA PRESSE

Le gouvernement américain a confirmé hier qu'il refuse à la société canadienne TransCanada l'autorisation de construire l'oléoduc vers le sud des États-Unis, une décision qui déçoit «profondément» le gouvernement Harper.

Ce projet de 7 milliards permettrait d'expédier le pétrole canadien vers les raffineries du sud des États-Unis. L'administration Obama avait retardé son approbation, l'automne dernier. Mais peu avant Noël, le Congrès, dominé par l'opposition républicaine, l'a forcé à trancher avant la fin février.

La Maison-Blanche a donc rejeté le projet, hier, affirmant que ce délai est trop court pour mener une évaluation complète. Le communiqué du département d'État précise toutefois que TransCanada pourra présenter une nouvelle demande. C'est précisément ce que l'entreprise compte faire, a-t-elle fait savoir par communiqué.

TransCanada avait déjà fait savoir qu'elle cherche à revoir le tracé du pipeline pour qu'il contourne une zone écologique fragile au Nebraska. Elle espère que la nouvelle mouture de son projet pourra être adoptée et mise en service à la fin de 2014.

Cap sur l'Asie

Malgré tout, la décision américaine a «profondément déçu» Ottawa. Le premier ministre Stephen Harper s'est entretenu avec le président Barack Obama. Selon un compte rendu publié par son bureau, il lui a réitéré l'intention canadienne «de diversifier ses exportations énergétiques».

Le premier ministre a déjà annoncé qu'il multipliera les efforts pour exporter le pétrole produit à partir des sables bitumineux vers l'Asie. Le prochain voyage de M. Harper, qui se rendra en Chine, dans quelques semaines, n'est pas étranger à ce changement de cap.

Le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, a souligné hier que 99% des exportations canadiennes de pétrole prennent le chemin des États-Unis.

«La décision prise aujourd'hui par l'administration Obama souligne l'importance de diversifier et d'étendre nos marchés, y compris vers le marché asiatique en pleine expansion», a-t-il martelé.

Ce même ministre avait soulevé un tollé, la semaine dernière, lorsqu'il a accusé des écologistes «radicaux» et des groupes d'intérêts étrangers de saboter les efforts d'exploitation des ressources naturelles canadiennes. La sortie coïncidait avec le début des audiences publiques sur un autre projet de pipeline, le Northern Gateway, qui doit justement acheminer le pétrole des sables bitumineux vers l'océan Pacifique pour qu'il puisse être exporté vers l'Asie.

M. Oliver estime que la décision sur Keystone prouve l'influence des groupes qu'il dénonçait, surtout à l'approche des élections de novembre.

«Leur influence est plus grande pendant une année d'élection présidentielle», a-t-il souligné.

Les écologistes crient victoire

Selon Megan Leslie, critique du NPD en matière d'environnement, le président Obama a entendu les milliers d'Américains qui se soucient de l'environnement.

«Cela contraste vivement avec ce que fait le gouvernement Harper», a raillé la députée, qui s'était rendue à Washington, l'automne dernier, pour discuter de solutions de rechange au pipeline Keystone.

Maintenant que ce projet est rejeté, elle craint que le gouvernement Harper mette toute la gomme pour faire avancer le projet Northern Gateway.

Les écologistes des deux côtés de la frontière avaient vivement dénoncé le projet Keystone, prévenant que l'expansion de l'industrie des sables bitumineux mènera à une explosion des émissions de gaz à effet de serre.

Équiterre, un des groupes qui ont fait campagne contre le projet, s'est réjoui de la décision de Washington. Son porte-parole, Steven Guilbault, y voit une «gifle au visage du gouvernement Harper».