Le Syndicat des travailleurs de Shell abandonne son combat pour sauver la raffinerie de Montréal-Est, «déçu» de la décision «méprisante» du gouvernement provincial de permettre le démantèlement des installations.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

«On est obligés d'abdiquer, malheureusement», s'indigne Jean-Claude Rocheleau, porte-parole du Syndicat des travailleurs de Shell. Ce dernier ajoute, «je n'ai pas d'autre choix. Notre syndicat n'a pas les ressources pour continuer cette lutte. C'est déjà un combat qui nous a coûté énormément cher.»

L'annonce ce lundi que la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a écrit à Shell pour l'autoriser à démanteler sa raffinerie de Montréal-Est a pris par surprise le syndicat même si Jean-Claude Rocheleau avait senti que le gouvernement penchait davantage du côté de la pétrolière. «Je sentais depuis le début qu'on battait contre un gouvernement qui avait un parti pris. C'était clair en commission parlementaire», tenue en octobre 2010.

Le syndicat estime pourtant que la ministre aurait dû laisser aux tribunaux le soin de trancher sur le sort de la raffinerie. «Je ne comprends pas la ministre. Elle avait juste à ne pas délivrer de permis et laisser Shell aller en cour. C'est un juge qui aurait pris une décision. La ministre n'avait pas à porter l'odieux de cette décision. Là, ça donne l'impression que le gouvernement se range derrière les pétrolières», déplore M. Rocheleau.

Ce dernier digère mal d'entendre la ministre Normandeau dire que le démantèlement permettra la création de 500 emplois. «Ça démontre la vision à court terme du gouvernement parce qu'en ne prenant pas cette décision, la ministre aurait pu sauver 800 emplois à temps plein et 3500 emplois indirects qui auraient rapporté à l'économie pendant des années.» La conversion de la raffinerie vieille de 75 ans en terminal d'importation permettra de maintenir une quarantaine des quelque 500 employés qui y travaillaient.

Jean-Claude Rocheleau déplore également que la ministre n'ait pas attendu le dépôt à l'automne du rapport de la commission parlementaire sur la fermeture de la raffinerie avant de se prononcer. Pour lui, le gouvernement tente de profiter du début des vacances estivales pour faire oublier la tragédie que vivent les 800 travailleurs perdant leur emploi. «Tout le monde va avoir le temps d'oublier et ils espèrent que ça passe dans le beurre cet été», se désole le syndicaliste.

Ce dernier maintient que la disparition de la raffinerie rendra le Québec dépendant de l'extérieur pour son approvisionnement en pétrole. Et maintenant que Shell a eu le feu vert pour démanteler, M. Rocheleau est que «les paris sont ouverts pour savoir combien de temps Suncor va rester ouvert. Ma prédiction, c'est deux à trois ans avant la fermeture de la dernière raffinerie à Montréal.»