Personne n'aurait pensé qu'il pourrait un jour faire le plein à une rôtisserie St-Hubert. Ou encore chez Rona ou chez Metro. Ce sera pourtant possible au début de 2012, à condition de conduire un véhicule électrique.

Hélène Baril LA PRESSE

L'embryon d'un futur réseau public de recharge pour voitures électriques a vu le jour hier, avec l'engagement de ces entreprises, auxquelles se joindra l'Agence métropolitaine de transport, d'installer des bornes dans leurs stationnements.

Il ne sera pas nécessaire d'être un client du restaurant, de la quincaillerie ou du supermarché pour brancher sa voiture à ses bornes de rechanges. «On le souhaite, a rigolé le porte-parole de Metro, Marc Giroux, mais ce n'est pas nécessaire.»

Une centaine de bornes seront installées au début de 2012 à Montréal et à Québec, a-t-on appris hier en conférence de presse.

C'est Hydro-Québec qui les achètera, en lançant un appel d'offres dès cet été.

«Nous encouragerons fortement, et je répète fortement, l'émergence d'une technologie québécoise», a indiqué la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau.

Le hic, c'est qu'il n'y a qu'un seul concepteur de bornes au Québec. Il s'agit d'AddÉnergie Technologies, de Québec.

L'entreprise vient d'ailleurs de recevoir une aide financière de 763 000$ du gouvernement du Québec pour commercialiser son produit.

Hydro-Québec ira quand même en appel d'offres pour choisir les bornes, a affirmé la ministre. «AddÉnergie est une entreprise qui mérite d'être encouragée, a-t-elle dit. Il n'y a pas d'incompatibilité. Il y aura un système de pointage dans l'appel d'offres qui tiendra compte de ça.»

Le coût des bornes et leur installation seront aux frais des partenaires d'Hydro-Québec, qui jouiront en échange d'une courte période d'exclusivité vis-à-vis de leurs concurrents.

Une borne coûte entre 3000$ et 5000$, somme à laquelle il faut ajouter le coût de l'installation et du stationnement réservé.

Un appoint

Ces premières bornes publiques serviront d'appoint seulement, puisqu'il faudra une heure pour ajouter 25 kilomètres d'autonomie à la batterie.

Des bornes de recharge rapide, qui peuvent ajouter 50 kilomètres d'autonomie en 10 minutes, seront installées dans une phase ultérieure.

Il n'en coûtera que quelques dollars pour faire le plein d'électricité dans le réseau public, a indiqué le président et chef de la direction d'Hydro-Québec, Thierry Vandal. Ça devrait coûter encore moins cher à la maison.

Ceux qui voudraient se doter d'une installation de recharge ont droit à une aide gouvernementale équivalente à 50% du coût, jusqu'à un maximum de 1000$.

Selon Hydro, les besoins de recharge seront à 80% à la maison et au travail.

Faire le plein d'électricité, au Québec, coûtera 10 fois moins cher que faire le plein d'essence. Une famille pourrait ainsi économiser 2000$ par année, à un prix de 1,15$ le litre d'essence, a précisé la ministre Normandeau.

Encore faut-il être avoir les moyens d'acheter un véhicule électrique. Dans son dernier budget, le gouvernement a prévu une aide financière de 8000$ pour les acheteurs de véhicules électriques, a plaidé Nathalie Normandeau. À long terme, le prix de ces véhicules devrait baisser, a renchéri Thierry Vandal.

Une plaque d'immatriculation spéciale, de couleur verte avec les lettres VE précédant le numéro, sera aussi mise en circulation.

Au total, le gouvernement de Jean Charest consacrera 60 millions de dollars à la filière du transport électrique public et privé.

Tous ces efforts visent à encourager l'utilisation de voitures électriques, mais le but ultime du gouvernement est de convaincre un manufacturier de s'installer au Québec.

Québec espère qu'il y aura 350 000 véhicules électriques sur les routes du Québec en 2020, et 1,2 million en 2030.

Pour le moment, il y a seulement 22 voitures électriques immatriculées au Québec, 16 iMiev de Mitsubishi, qui sont à l'essai à Boucherville, et 6 Tesla.