Un écart historique sépare actuellement les deux prix de référence des marchés pétroliers, le baril de Brent s'échangeant à Londres autour de 120 $ tandis que celui de brut texan cote à New York plus de 20 $ en-dessous, plombé par l'ampleur des stocks aux États-Unis.

Julien Girault AGENCE FRANCE-PRESSE

Le baril de «West Texas Intermediate» (WTI), pompé dans le sous-sol de l'Etat du Texas, sert de référence pour les échanges sur la Bourse des matières premières de New York Mercantile Exchange (Nymex).

Le prix du WTI, pétrole plus léger, était historiquement plus élevé que le Brent de la mer du Nord échangé sur le marché InterContinental Exchange (ICE) de Londres, mais la tendance s'est inversée en 2008. Et depuis, l'écart s'est nettement creusé.

Mardi, le prix Brent a dépassé de près de 23 $ en cours de séance celui du WTI, une différence sans précédent -- et qui écorne encore un peu plus le statut d'étalon du marché mondial que possédait traditionnellement le WTI new-yorkais.

«Le cours élevé du Brent reflète les risques géopolitiques et les tensions sur l'offre pétrolière mondiale (...) tandis que le WTI est dépendant du marché américain et reste largement isolé des échanges internationaux», a résumé Christophe Barret, analyste de Crédit Agricole CIB.

La place new-yorkaise est en effet affectée par le niveau record des réserves conservées au terminal pétrolier de Cushing, principal centre de stockage des États-Unis situé dans l'Oklahoma et où est conservé le brut texan de référence.

«À plus long terme, la faiblesse du WTI devrait perdurer tant que ces stocks resteront à un niveau élevé, ce qui risque d'être le cas tant que des oléoducs n'auront pas été construits pour acheminer ce pétrole» vers d'autres régions des États-Unis, a expliqué à l'AFP, Tamas Varga, experte du courtier PVM.

De son côté, le prix du Brent, censé refléter l'état des marchés européen et asiatique, est au contraire soutenu par des tensions croissantes de l'offre mondiale.

«L'écart record entre Brent et WTI a pu être enregistré à la faveur de tensions sur les approvisionnements du Nigeria», premier producteur africain, après que la société anglo-néerlandaise Shell «a déclaré lundi la force majeure pour ses livraisons de juillet et août», a souligné Mme Varga.

Par ailleurs, les violences au Moyen-Orient et le conflit en Libye, qui prive le marché mondial de plus de 1,3 million de barils par jour, soutiennent les prix sur la place londonienne.

Alors que la disparition du brut libyen «avait déjà généré de sévères pénuries de brut léger en soufre» très apprécié des raffineurs européens et difficile à remplacer, la perte d'une partie de la production nigériane, de qualité similaire, devrait aggraver le problème», abondait Amrita Sen, de Barclays Capital.

Le Brent, pétrole issu de la mer du Nord, voit aussi son prix dopé par l'affaiblissement inéluctable de la production d'hydrocarbures dans la région, «qui s'est récemment aggravé» en raison de problèmes techniques - notamment dans le champ britannique de Buzzard, a ajouté Mme Sen.

La production pétrolière de la Norvège a ainsi reculé en mai, à 1,541 million de barils par jour (mbj) contre 1,774 mbj en avril.

La production norvégienne a chuté de près de 10% en 2010 tandis que celle du Royaume-Uni baissait de plus de 7%, selon les chiffres de l'Agence internationale de l'Energie (AIE).

Enfin, selon David Hart, de Westhouse Securities, «le Brent jauge la demande asiatique et bénéficie donc des perspectives de demande» de cette région, où la consommation de la Chine reste extrêmement robuste, tandis que les États-Unis pâtissent au contraire d'un net ralentissement de leur reprise économique.