Pendant que le débat faisait rage aux États-Unis, l'industrie canadienne de l'éthanol a progressé tranquillement, sans faire de remous. Avant Noël, dans l'indifférence générale, le gouvernement fédéral a rendu obligatoire l'inclusion d'un pourcentage de 5% d'éthanol dans les mélanges d'essence partout au pays.

Hélène Baril LA PRESSE

Si la décision fédérale n'a guère suscité de passion, c'est que cette norme est déjà en vigueur dans la plupart des provinces canadiennes, et souvent à des niveaux supérieurs à 5%. En matière d'éthanol comme pour bien d'autres choses, la politique canadienne est faite d'une multitude de mesures disparates, un peu comme une courtepointe.

Ce qui est nouveau dans la plus récente décision fédérale, c'est que le Québec et les Maritimes, qui n'avaient pas de norme, doivent s'y conformer depuis le 15 décembre dernier. Une obligation d'inclure 2% d'éthanol dans le diesel et le mazout est prévue pour 2011.

Il faudra 2 milliards de litres d'éthanol pour satisfaire la demande exigée par la norme fédérale, un peu plus que la production actuelle du Canada, qui est de 1,7 milliard de litres. Déjà, des augmentations de production sont prévues en Ontario pour faire face à cette nouvelle demande.

Même autosuffisant, le Canada importe à l'occasion de l'éthanol américain et même brésilien, vendu à prix imbattables. Parlez-en à Jean Roberge, directeur d'Éthanol Greenfields, de Varennes, seule usine d'éthanol-maïs du Québec. «Je dois être en compétition sur mon marché avec des importations américaines, dit-il. La concurrence est malhonnête.»

Il y a une explication. La quasi-totalité de la production de l'usine de Varennes est vendue à un seul client, Suncor (anciennement Petro-Canada), en vertu d'un contrat à long terme. Les autres distributeurs de produits pétroliers, comme Ultramar, doivent s'approvisionner ailleurs au Canada, mais le plus souvent sur le marché américain où il existe des surplus (subventionnés). De l'éthanol brésilien est aussi offert à l'occasion sur le marché canadien.

Subventions

L'État canadien encourage aussi la production d'éthanol, mais dans une moindre proportion. Ainsi, l'usine de Varennes profite de l'équivalent de 7 cents le litre versé par Ottawa en vertu d'un programme d'aide aux producteurs de carburants renouvelables. Au total, le gouvernement fédéral prévoit dépenser 1,5 milliard au cours des huit prochaines années dans ce programme qui profite surtout aux producteurs d'éthanol-maïs, puisque les autres types de production sont encore à leurs balbutiements.

Le Québec a aidé l'usine de Varennes à ses débuts, avec un crédit d'impôt lié au prix du pétrole. Comme aucune aide n'est versée si le prix du pétrole est supérieur à 65$ le baril, l'usine québécoise n'a reçu que quelques millions du gouvernement provincial depuis ses débuts en 2007, puisque le prix du pétrole est supérieur depuis longtemps à la marque des 65$ le baril. L'usine de Varennes est néanmoins rentable, de l'aveu même de son directeur, et planifie d'ambitieux projets d'avenir (voir autre texte).

Les producteurs de maïs, de leur côté, bénéficient de l'assurance stabilisation (financée pour les deux tiers par le gouvernement québécois), qui leur assure un revenu garanti peu importe le prix du maïs sur le marché. Au cours des trois dernières années, les producteurs ont pu se passer d'aide deux fois en raison des prix élevés du maïs, en 2008 et en 2010, selon ce qui est prévu par la Financière agricole.

Le Québec a choisi d'encourager la production d'éthanol de seconde génération, fait à partir de déchets forestiers et d'autres matières de rebus. C'est ce qu'on appelle l'éthanol cellulosique mais, pour l'heure, ce produit n'existe qu'en laboratoire.

Éthanol-Maïs

Les pour et les contre

Pour

> Réduction des gaz à effet de serre

> Réduction des importations de pétrole

> Moins de subventions versées aux producteurs de maïs

> Création d'emplois et d'activité économique

Contre

> Carburant moins efficace que l'essence

> Pas si vert, à cause de l'utilisation massive d'eau et de fertilisant

> Hausse du prix des céréales et de la viande

> Nécessite des subventions pour être viable