Dans quelques semaines, la faillite d'AbitibiBowater ne sera qu'un mauvais souvenir, espère son PDG, David Paterson. «Nous regardons en avant», dit le grand patron de l'entreprise de pâtes et papiers.

Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

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Dernière étape avant le retour à une vie plus normale, AbitibiBowater a vu son plan de restructuration être accepté lundi en fin de journée par le tribunal américain des faillites. Avant de se placer à l'abri de ses créanciers en avril 2009, AbitibiBowater était le plus important producteur de papier journal du monde. L'entreprise sortira officiellement de faillite entre le 7 et le 15 décembre prochain. Aucun détail toutefois sur la date de son éventuel retour en Bourse. «C'est littéralement comme fonder une nouvelle entreprise, dit David Paterson, PDG d'AbitibiBowater. En même temps, je comprends qu'on nous perçoive comme une entreprise qui a une grande histoire aux États-Unis et au Canada.»

Durant sa faillite qui a coûté 500 000$ par jour en frais d'avocats, AbitibiBowater a licencié 4000 employés, dont 2000 au Québec. L'entreprise a fermé quatre usines de pâtes et papiers, dont trois au Québec, et six usines de produits du bois, dont une au Québec. Sa dette est passée de 7 milliards à 850 millions de dollars (plus une marge de crédit de 600 millions).

AbitibiBowater veut se diversifier. Le papier journal représente actuellement 41% de ses ventes. «La demande pour le papier journal va continuer de diminuer, dit David Paterson. Au lieu de nous contracter nous aussi, nous voulons grandir et nous réinventer grâce à d'autres produits. Nous allons revoir notre plan avec notre conseil d'administration, mais nous voulons investir, pas nous contracter.»

Les syndicats pensent qu'AbitibiBowater concentrera sa production de papier journal au Canada et convertira surtout ses usines américaines. «Nous avons plusieurs usines au Canada qui tiennent le coup», a dit David Coles, président du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier, à La Presse Canadienne.

AbitibiBowater ne table pas sur une baisse du huard pour faire des profits. L'entreprise prévoit atteindre le seuil de rentabilité dès 2011 même avec un huard à parité avec le billet vert américain. «Ce sera un défi, admet David Paterson. Nous prévoyons un dollar canadien fort au cours des trois à cinq prochaines années. Notre plan est d'être rentable dans ces conditions. Nous ne croirons pas au retour du dollar canadien à 70 cents US.»

À sa sortie de faillite, AbitibiBowater réserve 8,5% de ses actions pour sa cinquantaine de hauts dirigeants. Une cagnotte en options d'achat d'actions qui pourrait représenter jusqu'à 206 millions US. Les dirigeants se partageront aussi 6 millions US en primes. Les actionnaires ont contesté ce nouveau régime de rémunération, mais le juge américain chargé d'administrer la faillite a rejeté leurs arguments.

«Si on compare avec d'autres entreprises, le plan de rémunération des dirigeants est juste, dit David Paterson. La direction a accepté une baisse de salaire de 18% et aucune prime durant la faillite. Concernant les options d'achat, il faut considérer que les dirigeants ont perdu toutes leurs options et leurs actions détenues avant la faillite. Les options ne seront pas toutes données dès le jour un, elles vont être réparties sur plusieurs années et chaque titulaire devra attendre quatre ans avant de les empocher.»

La faillite canado-américaine d'AbitibiBowater a coûté 250 millions de dollars en frais d'avocats, soit 500 000$ par jour.

Depuis sa fusion en 2007, AbitibiBowater est passée de 18 000 à 11 000 employés. L'entreprise avait pourtant assuré que la fusion n'entraînerait pas de pertes d'emplois. Environ 3000 des 7000 emplois perdus l'ont été au Québec.

AbitibiBowater compte la moitié de ses 11 000 employés au Québec. Depuis sa fusion en 2007, AbitibiBowater a réduit sa présence au Québec de 11 à 6 usines de pâtes et papiers et de 23 à 19 usines de produits du bois.