Un autre proche du gouvernement Charest vient d'être engagé par l'industrie du gaz de schiste. Daniel Gagnier, qui était chef de cabinet de M. Charest de 2007 à 2009, a été nommé au sein d'un comité consultatif de Talisman Energy, société de Calgary qui fait notamment affaire dans le gaz de schiste.

Publié le 16 nov. 2010
Paul Journet et Hélène Baril LA PRESSE

Le mois dernier, Talisman a annoncé qu'elle suspendait ses activités au Québec pour six mois. Constitué de quatre Québécois, le comité servira à relancer ses activités dans la province. «On m'engage pour mes connaissances sur le Québec et ses régions ainsi que sur les procédures gouvernementales», indique M. Gagnier, également président du conseil de l'Institut international du développement durable.

M. Gagnier précise qu'il ne fera pas de lobbying et qu'il a «suivi toutes les règles». «Tout est parfaitement légal», affirme-t-il.

Selon une directive du gouvernement Charest, dans l'année qui suit son départ, un ex-employé d'un cabinet ministériel ne peut occuper une fonction dans «un organisme, une entreprise ou une autre entité n'appartenant pas à l'État et avec lequel il a eu des rapports officiels, directs et importants».

M. Gagnier a quitté son poste en septembre 2009, soit il y a plus d'un an. S'il avait accepté le poste l'été dernier, aurait-il contrevenu à la directive? «Je ne sais pas, mais je n'aurais pas couru le risque», répond-il.

Scott McKay, critique de l'opposition officielle en matière de mines, y voit une «forte apparence de conflit d'intérêts». «S'il s'agissait seulement de la nomination de M. Gagnier, je penserais peut-être autrement, soutient-il. Mais cela commence à faire pas mal d'anciens employés du gouvernement Charest qui travaillent pour l'industrie du gaz de schiste.»

À la fin d'août, Stéphane Gosselin a démissionné de son poste de chef de cabinet au Développement économique. Quelques jours plus tard, il était nommé directeur général de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), le lobby de l'industrie du gaz de schiste. De 2006 à 2008, M. Gosselin avait été chef de cabinet à l'Environnement et aux Ressources naturelles. Il a assuré que son embauche ne contrevenait pas aux règles.

L'année dernière, Stéphane Bertrand participait bénévolement à la création de l'APGQ. De 2003 à 2007, M. Bertrand était le chef de cabinet du premier ministre Charest. Il dit s'en être retiré depuis. L'avocat de M. Charest à la commission Bastarache, Me André Ryan, a aussi participé à la création de cette association.

L'APGQ emploie la firme de relations publiques National. Parmi les conseillers de National qui travaillent à son dossier, on retrouve Martin Daraiche et Lisa Lavoie. En 2006, M. Daraiche était attaché politique de Nathalie Normandeau au ministère des Affaires municipales. En 2007, il devenait conseiller au bureau du premier ministre Charest. Il s'est joint à National en 2008 et est aujourd'hui inscrit au registre des lobbyistes.

Dans les trois dernières années, Mme Lavoie a été directrice adjointe du cabinet de Line Beauchamp, alors ministre de l'Environnement. Elle a quitté son poste peu après que Mme Beauchamp eut été mutée à l'Éducation à la suite d'un remaniement ministériel.

M. Gagnier ne croit pas que son embauche pose un problème éthique. Il ajoute: «On ne peut quand même pas interdire aux gens qui ont travaillé pour le PQ, le PLQ ou l'ADQ de se trouver un autre travail par la suite!»

Cours de Québec 101

Avant d'investir ses millions de dollars, Talisman Energy s'entoure ainsi d'un comité de sages pour mieux comprendre le Québec. «On est une société distincte, après tout», explique Jean-Pierre Ouellet, un des trois autres membres du comité.

Le comité est complété par James Cherry, président d'Aéroports de Montréal, et Michel Patry, économiste et professeur à HEC Montréal. Le quatuor a été recruté par une firme de chasseurs de têtes, a précisé le porte-parole de Talisman au Québec, Stéphane Perreault. Les conseillers, qui relèveront directement du président de Talisman, John Manzoni, seront rémunérés.

Le comité s'est déjà réuni une fois et une autre rencontre est prévue avant la fin de l'année. Ses membres ont prévu quatre autres rencontres en 2011.

«Non seulement ça prouve qu'ils (Talisman) veulent aller de l'avant, mais ils veulent aussi bien faire les choses», a soutenu M. Ouellet.

Talisman, qui est le deuxième détenteur de permis d'exploration en importance dans la vallée du Saint-Laurent, après Junex, pourrait bien devenir le premier producteur de gaz issu des schistes de l'Utica.

Ses dirigeants veulent de l'information sur le régime fiscal québécois, la réglementation, la mobilisation communautaire et les possibilités de partenariat.

Le dossier du gaz de schiste est mal parti au Québec, reconnaît Jean-Pierre Ouellet, mais il y a beaucoup de fausses informations et d'ignorance, selon lui. Il est convaincu qu'il s'agit d'un projet extraordinaire qui permettra au Québec de réduire sa dépendance énergétique.