Une usine pilote sera construite au Québec pour y produire un nouveau matériau recyclable à base de fibre de bois, une initiative de 40 millions $ qui vise à trouver de nouveaux marchés pour l'industrie forestière qui traverse une crise.

Stéphanie Marin LA PRESSE CANADIENNE

Québec et Ottawa ont tous deux investi 10,2 millions $ dans cette future usine située à Windsor, en Estrie.

C'est un partenariat entre Domtar [[|ticker sym='T.UFS'|]] et FPInnovations qui a permis de développer et de concrétiser le projet de production à échelle commerciale de nanocellulose cristalline.

Il s'agit d'un nanomatériau renouvelable et recyclable fabriqué à l'aide de fibres de bois issues du processus de fabrication de la pâte de bois.

Selon les deux entreprises à l'origine du projet, les propriétés de ce matériau ouvrent de nouveaux débouchés dans différents secteurs tels que l'industrie aérospatiale, automobile, chimique, textile, pharmaceutique et forestière.

Il sert notamment à fabriquer des bioplastiques, des films réfléchissants à effet optique et des vernis résistants.

«Les propriétés remarquables et les multiples usages éventuels de la nanocellulose cristalline en disent long sur les possibilités commerciales des nouveaux produits de fibres de bois, possibilités qui dépassent les applications de pâtes et papiers traditionnelles», a fait valoir le président et chef de la direction de Domtar, John Williams.

Ce projet qui tombe à point, selon la ministre québécoise des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau.

«Pour faire face à la diminution de la demande dans le secteur des pâtes et papiers et pour rester compétitive, notre industrie forestière doit créer de nouveaux usages aux produits de la forêt», a-t-elle déclaré.

«C'est un second souffle, un nouveau départ pour l'industrie», a renchéri le ministre fédéral des Ressources naturelles, Christian Paradis.

«Avec ce projet pilote, on pourra voir si ce produit-là peut être viable commercialement. Dieu sait où ça peut nous mener. Il peut y avoir des débouchés au niveau mondial. C'est la première usine au monde qui peut produire une grande quantité de nanocellulose», a déclaré, enthousiaste, le ministre.

Du côté du Bloc québécois, on a accueilli la nouvelle tièdement.

Une bonne nouvelle, qui est cependant «trop peu trop tard», a lancé le député bloquiste Mario Laframboise.

«Surtout quand on compare avec le 9,7 milliards $ investi dans l'industrie automobile», a-t-il illustré, affirmant que le choix de financer l'industrie automobile et pas l'industrie forestière - surtout présente au Québec - est un choix «politique».

«Ils y vont à la pièce, au compte-goutte. Pendant ce temps-là, des entreprises ferment. Et d'autres vont fermer», a-t-il expliqué en demandant un soutien plus vaste à l'industrie.

«Ce projet, c'est l'exception qui confirme la règle», a souligné M. Laframboise, en réitérant que le gouvernement conservateur a abandonné l'industrie forestière québécoise.

M. Paradis se défend de laisser tomber l'industrie forestière.

«Si on pouvait cliquer des doigts pour créer des marchés, on le ferait. Mais quand le marché du papier est en déclin, il faut se retrousser les manches et se restructurer», a-t-il expliqué.

«On n'a pas abandonné l'industrie. L'annonce d'aujourd'hui est un bon exemple», a-t-il affirmé.

Le coût de la construction de l'usine de Windsor est d'environ 32,4 millions $, alors que les coûts d'exploitation sont évalués à 8,4 millions $, pour un investissement total de 40,8 millions $.

Treize personnes seront nécessaires au fonctionnement de l'usine et 50 seront employées à sa construction. L'usine pilote pourra produire une tonne de nanocellulose par jour.

Sa construction débutera au cours des prochaines semaines et elle se terminera d'ici deux ans.

L'action de Domtar à la Bourse de Toronto a terminé la journée à 50,56 $, en baisse de 1,04 $.