Des éoliennes aux transports en commun en passant par l'efficacité énergétique et les panneaux solaires, le géant industriel Siemens a une pléiade de solutions technologiques pour faire prendre le virage du développement durable au Canada. Le hic, c'est qu'il doit souvent attendre que les gouvernements bougent pour pouvoir en tirer profit.

Philippe Mercure LA PRESSE

En entrevue à La Presse Affaires, le PDG de Siemens Canada, Roland Aurich, a fait ressortir la contradiction entre le développement durable, qui implique le long terme par définition, et les décisions d'investissement des politiciens, qui se prennent à court terme.

«L'environnement politique au Canada - et dans bien d'autres pays - est ainsi fait que de nombreuses décisions sont prises en fonction de la durée des mandats politiques. Mais même si leurs effets se font sentir sur plusieurs périodes électorales, les décisions doivent être prises dès maintenant», a-t-il plaidé.

Si M. Aurich parle de développement durable, ce n'est pas seulement pour avoir l'air dans le vent. L'an dernier, le géant allemand a vendu pour 23 milliards d'euros de technologies environnementales sur un chiffre d'affaires global de 77 milliards d'euros. Bref, l'objectif est clair.

«Notre but est de faire de la sensibilisation et de présenter les faits. Si l'histoire est convaincante, ça peut se transformer en occasions d'affaires. Et avec un peu d'espoir, nous pourrons remporter quelques appels d'offres...»

Train rapide

Pour illustrer son point, M. Aurich donne l'exemple du train rapide dans le couloir Québec-Windsor. Le projet permettrait de réduire les gaz à effet de serre que génèrent les transports en voiture et en avion et se traduirait par des occasions d'affaires pour Siemens. Mais l'entreprise doit attendre les décisions du gouvernement.

«Ces questions sont sur la table depuis longtemps. Mais il faut être en mesure d'exécuter et de décider», dit M. Aurich, qui espère que la volonté du gouvernement Obama de mettre en valeur le transport ferroviaire aura des effets stimulants au nord de la frontière.

Selon M. Aurich, malgré les mesures d'austérité qui pleuvent un peu partout dans le monde, le Canada serait bien placé pour prendre maintenant le virage du développement durable.

«Le Canada a aujourd'hui une belle occasion. On l'entend partout et on l'entendra encore plus au sommet du G8: le Canada va bien, le Canada est un exemple sur la façon de lutter contre la crise économique et de s'engager vers la reprise. Mais ce sont encore beaucoup les ressources naturelles qui entraînent ça. On devrait utiliser cet élan pour augmenter notre présence dans l'innovation et dans l'industrie du développement durable.»

Exigences trop sévères

Siemens, qui a profité des généreux tarifs accordés aux producteurs d'énergie verte en Ontario pour lancer des projets d'énergie solaire, applaudit ce genre de programme. Au Québec, M. Aurich explique que Siemens n'a pu rafler d'appels d'offres dans le déploiement de l'énergie éolienne parce que les exigences de contenu québécois étaient trop sévères et arrivaient trop tôt dans la conception des projets.

Selon lui, la principale occasion d'affaires pour l'entreprise dans la province au cours des prochaines années sera dans le déploiement d'un réseau de distribution électrique efficace et intelligent.