C'était l'hiver, il était dans la mi-vingtaine environ, et il jalonnait un terrain du nord de l'Ontario. Malgré une accumulation de trois pieds de neige, il a remarqué, un peu par hasard, une roche bourrée d'or. Une pierre qui l'a mené, une quinzaine d'années plus tard, au plus grand congrès de prospecteurs miniers du monde.

Hugo Fontaine LA PRESSE

Richard Thibodeau, 42 ans aujourd'hui, a assisté pour la deuxième fois au début du mois de mars au congrès de l'Association des prospecteurs et développeurs miniers du Canada (PDAC), à Toronto. Il y a quelques années, il se promenait avec ses roches dans les couloirs. Cette fois, il avait son propre stand, dans la section des «prospecteurs individuels» de la grande salle du congrès.Pendant quatre jours, il a raconté son histoire, encore et encore. Il découvre cette pierre dorée. Il obtient, pour quelques centaines de dollars, des titres miniers sur un terrain de deux kilomètres sur cinq. Depuis, il recueille ses échantillons à la pioche, sauf pour quelques carottes, qu'il a transportées à Toronto dans de longues boîtes de bois.

Il espère toujours trouver le Klondike: un investisseur qui voudra acheter la propriété, ou une jeune entreprise qui voudra tenter d'amener la propriété à un autre échelon.

Peter Dimmell, explorateur, administrateur de sociétés et ancien président du PDAC, croit beaucoup à l'utilité des prospecteurs pour l'industrie minière. «Ce sont ceux qui vont hors des sentiers battus, qui découvrent de nouveaux endroits», dit M. Dimmell, joint chez lui à Terre-Neuve.

Il admet sans gêne que les prospecteurs sont un peu rêveurs. «Il faut être rêveur, croire en soi, croire qu'on va tomber sur quelque chose de gros», dit-il en citant des exemples de grands terrains miniers découverts par des prospecteurs.

«De l'or, beaucoup d'or»

Richard Thibodeau, né à Sault-Sainte-Marie de parents francophones, habite maintenant à Wawa, petite ville minière située à la pointe nord-est du lac Supérieur, où il est pompier pour incendies de forêt.

Son père a travaillé longtemps à la mine de fer de Wawa, aujourd'hui fermée. Richard Thibodeau, lui, est un géologue autodidacte.

Il parle avec émerveillement du potentiel de sa propriété qu'il a nommée Wawa Gold Rich. Elle est située à une heure et demie de route de la mine Wawa, et à une cinquantaine de kilomètres au sud de la mine Hemlo, de Barrick Gold.

«Il y a de l'or. Beaucoup», affirme M. Thibodeau avec confiance, devant son stand où l'on trouve des roches et des carottes de sol. Sur les panneaux, une grande carte géologique de sa propriété, des colonnes de statistiques et des photos du terrain.

Son projet semble avoir suscité beaucoup d'intérêt, si on en juge par l'affluence constante à son stand.

Le prospecteur était très satisfait des réactions. «Je crois que je me suis fait de bons contacts, que ça peut mener à quelque chose», dit-il.

Richard Thibodeau a passé plusieurs centaines, voire des milliers d'heures sur son terrain depuis des années. Il a parcouru des kilomètres et des kilomètres pour aller et revenir de son terrain.

«Je ne me suis jamais découragé, raconte-t-il. C'est quelque chose qui est tombé du ciel, ça s'est passé comme ça toute ma vie.»

Il faut être patient, confirme Peter Dimmell, qui a vendu en 2009 des options sur une propriété qu'il étudiait depuis... 1992. Des forages plus poussés ont démarré l'automne dernier.

Les prospecteurs sont, de nature, de fervents croyants. Au bout du chemin, il y a peut-être de l'argent, beaucoup d'argent. Richard Thibodeau y croit dur comme fer et ses yeux brillent comme l'or qu'il a déniché, il y a une quinzaine d'années.