Prochain géant pétrolier canadien? Ou plutôt, un gros château de sable... bitumineux?

Martin Vallières
Martin Vallières LA PRESSE

Déjà, des perspectives divergentes émergent à propos du projet de mainmise amicale de Suncor Energy [[|ticker sym='T.SU'|]], un meneur des sables bitumineux, sur la société Petro-Canada [[|ticker sym='T.PCA'|]].

D'une part, des analystes comme Andrew Potter, spécialiste de l'énergie chez UBS Investment à Calgary, soulignent la formation d'un «géant de l'énergie» avec la capacité d'engendrer d'importantes économies de synergie.

 

De l'ordre de 200 à 300 millions de dollars par année au seul niveau des frais d'exploitation. Dans le jargon d'analystes, ça signifie des suppressions d'emplois et le délestage d'actifs secondaires.

Sans le nier formellement, hier, les dirigeants de Suncor et de Petro-Canada ont s'en tenir à des termes généraux.

«Nous n'avons pas encore le compte des postes affectés, mais il y aura une réduction à court terme», a indiqué Rick George, président et chef de la direction de Suncor, à une question d'analyste.

Par ailleurs, les analystes s'attendent à des économies de synergie de l'ordre d'un milliard pour les divers projets d'investissement de Petro-Canada et de Suncor.

Ces projets multimilliardaires sont requis pour réaliser le principal objectif à moyen terme de la fusion annoncée: accroître leur capacité d'extraire, de raffiner et de commercialiser le pétrole extrait des sables bitumineux de l'Alberta.

Il faudra attendre la circulaire de la transaction, le mois prochain, pour en apprendre davantage.

Mais d'un point de vue financier, toutefois, la transaction proposée, même prévue par échange d'actions, allume déjà des feux jaunes.

«Avant des produire des résultats concrets, les projets de développement de Suncor et de Petro-Canada dans les sables bitumineux requerront encore des injections massives de capitaux», avertit l'agence de notation financière Moody's dans une missive spéciale envoyée hier de son bureau de Toronto.

Réunies, Suncor et Petro-Canada ont déjà une capacité de production de 680 000 barils de pétrole par jour.

Et leurs projets d'expansion des gisements bitumineux - «Voyageur» pour Suncor et «Fort Hill» pour Petro-Canada - recèlent un potentiel «significatif» de croissance de production d'ici cinq à six ans.

Toutefois, avertit l'agence Moody's, des projets aussi coûteux risquent de provoquer «plusieurs années consécutives de fonds autogénérés négatifs» dans la prochaine entreprise regroupée.

En clair, un feu jaune pour des entreprises déjà passablement endettées - 14 milliards pour Petro-Canada et 18 milliards pour Suncor - dont les résultats financiers sont déjà mis à mal par la faiblesse des cours pétroliers.

Chez Petro-Canada, par exemple, le plus récent trimestre terminé le 31 décembre s'est soldé par une perte de 691 millions, après plusieurs trimestres de profits records.

De plus, ce déficit soudain représentait un revirement négatif d'un milliard par rapport au quatrième trimestre de 2007. Et ce, malgré un repli d'à peine 10% du chiffre d'affaires entre ces deux trimestres.

Chez Suncor, les plus récents résultats financiers furent encore plus décevants.

Le plus récent trimestre terminé s'est soldé par une perte de 215 millions, ce qui représentait aussi un revirement négatif d'un milliard sur une base annualisée.

Pourtant, le chiffre d'affaires de Suncor entre ces même quatrièmes trimestres de 2007 et de 2008 a progressé de 38%, à 7,1 milliards.

Avec ces résultats, et leur valeur boursière plus malmenée que leurs pairs dans le secteur de l'énergie, tout indique que la transaction convenue entre Suncor et Petro-Canada vise à satisfaire des actionnaires d'importance.

Parmi eux, le gestionnaire de placement Letko Brosseau, de Montréal, qui contrôle 10,5 millions d'actions (2,1%) de Petro-Canada.

Mais surtout, le fonds Teachers' de Toronto, dont le bloc de 16 millions d'actions (3,3%) lui aurait suffi pour faire pression sur les dirigeants de la pétrolière, selon la presse d'affaires torontoise.

Dans l'immédiat, toutefois, ces actionnaires importants de Petro-Canada semblent profiter de la transaction par échange d'actions convenue avec Suncor.