En dépit de ses récentes propositions, le géant papetier et forestier AbitibiBowater (T.ABH) n'est pas sorti du bois avec ses problèmes de dette excessive et coûteuse. Et l'entreprise forestière est encore à risque d'insolvabilité et pourrait être contrainte de faire d'autres fermetures d'usines ou des reventes forcées d'actifs au moindre soubresaut d'inquiétude parmi ses principaux créanciers.

Martin Vallières
Martin Vallières LA PRESSE

Cette fois, c'est au tour des détenteurs de 1,8 milliard US en titres de dette de sa filiale Bowater (d'avant la fusion avec Abitibi-Consolidated) de se prononcer sur une conversion en billets à intérêt plus élevé émis cette fois par une filiale financière d'AbitibiBowater.

 

Ces créanciers de Bowater, surtout américains, ont jusqu'à minuit aujourd'hui pour accepter ou non cette proposition de la société papetière, qui remonte au neuf février.

À moins que la direction d'AbitibiBowater, encore inquiète de ne pas obtenir l'appui nécessaire, décide d'un autre délai d'une ou deux semaines. Il s'agirait d'un troisième prolongement pour cette proposition de conversion de titres de dette.

Par ailleurs, même si elle concerne surtout la filiale Bowater, cette part de la restructuration de dette demeure déterminante pour toute l'entreprise.

En particulier pour l'autre part du plan de restructuration, évalué lui à 2,9 milliards US, qui concerne surtout l'autre filiale d'origine, Abitibi-Consolidated. Cette portion du plan de restructuration financière a annoncé il y a une semaine.

C'est à ce moment aussi que la société papetière avait confirmé la vente à Hydro-Québec pour 615 millions CAN de sa part de 60% d'une centrale hydroélectrique de 335 mégawatts sur la rivière Manicouagan, sur la Côte-Nord.

Par ailleurs, AbitibiBowater devra se soumettre à un vote de ses créanciers à propos de son plan de restructuration de dette. Ce vote ordonné par un tribunal québécois aura lieu le 30 avril prochain lors d'assemblées extraordinaires à Montréal.

Entre-temps, la nervosité des actionnaires et des créanciers d'AbitibiBowater demeure vive.

Elle s'est encore manifestée hier après la publication d'un court article dans un quotidien torontois selon lequel des créanciers bancaires américains de la société papetière seraient insatisfaits de son plan de restructuration de dette.

Les actions de la société papetière ont basculé de 18%, à 69 cents, à la Bourse de Toronto. Cette rechute a effacé la majeure partie de leur regain des derniers jours après l'annonce d'un plan de réduction de dette de 2,9 milliards US.

«Même si la restructuration de la dette imputable à Bowater devait réussir, ce qui demeure très incertain, des doutes substantiels persisteront concernant le sort de la dette provenant de la filiale Abitibi», a résumé l'analyste Richard Kelertas, de Valeurs mobilières Dundee, dans sa plus récente note sur la société papetière à ses clients-investisseurs.

Selon l'article publié, que la société papetière a qualifié de «spéculatif», des prêteurs américains déjà échaudés par la crise financière aux États-Unis réclameraient des taux majorés sur leurs fonds.

Par ailleurs, malgré leur part très minoritaire de toute la dette, il s'agirait de créanciers garantis d'AbitibiBowater. Et donc en mesure d'exercer une influence déterminante sur la restructuration financière de la plus grosse entreprise de l'industrie forestière au Québec.

Mais au siège social d'AbitibiBowater, hier, on préférait faire preuve d'optimisme... et tenter d'atténuer l'inquiétude des employés et des fournisseurs de la société papetière envers l'avenir immédiat de leur emploi et de leurs affaires.

«Il faut garder la tête froide en dépit d'articles de presse spéculatifs. Notre plan de restructuration de dette est complexe, certes, mais il est aussi très complet. Nous sommes confiants et déterminés à le mener à terme», a soutenu Jean-Philippe Côté, principal porte-parole d'AbitibiBowater.