À quatre reprises, Konstan Lebeau s'est rendu dans le désert du Sahara, en Algérie, afin de travailler sur un gisement de pétrole. Escorté par l'armée chaque fois qu'il se rendait à l'usine et demeurant dans une zone fortifiée, l'ingénieur québécois fait partie des professionnels qui travaillent dans des zones dangereuses.

Mis à jour le 29 juill. 2015
Samuel Larochelle, collaboration spéciale LA PRESSE

Quelques jours avant son dernier voyage, un attentat terroriste est survenu au site In Amenas, non loin de Rhourde Nouss où il prévoyait retourner. «Notre voyage a été annulé et nous avons attendu que l'ambassade canadienne lève l'interdiction de se rendre en Algérie pour repartir», souligne l'employé de Solumation, une firme d'ingénierie spécialisée en automatisation industrielle.

Anxieux avant le départ, il a découvert une sécurité resserrée à son arrivée. «Il y avait plus de soldats qu'avant et l'entrée de la base avait été renforcie avec de grandes plaques métalliques, qui avaient des espaces pour insérer les canons de mitraillettes, se souvient-il. Il y avait une tourelle de surveillance aux quatre coins de la base de vie et, la nuit, l'armée allumait les projecteurs pour éclairer le désert au loin et déclencher l'alerte si une attaque terroriste survenait. Habituellement, notre assurance collective couvrait la situation, mais lors de ce voyage, j'ai dû souscrire à une assurance pour rapatriement de corps. Rien de très rassurant!»

Logistique

Ces situations hors de l'ordinaire exigent beaucoup de préparation des firmes privées et des organismes qui évoluent en zones de risque. Chez Médecins sans frontières, Jean-Martin Desmarais fait partie des logisticiens qui travaillent sur le terrain. «Un pays dangereux représente un défi de gestion complexe, dit-il. En zone de travail, la situation est constamment évaluée afin de déterminer le niveau de risque acceptable. Tout peut changer très rapidement. Il faut donc être alerte et savoir s'adapter rapidement. Aux habitations, c'est un peu notre oasis de paix. Nous demeurons dans des immeubles sécurisés qui comportent des chambres de sécurité. Ces mesures nous permettent de souffler un instant.»

Malgré le stress, M. Desmarais aime son travail. «Les besoins sur le terrain sont énormes et, règle générale, les populations qui bénéficient de l'aide sont extrêmement reconnaissantes. C'est très valorisant et enrichissant d'un point de vue personnel.» N'empêche, il est conscient que ses proches se font du souci pour lui. Spécialement quand il se trouve dans un pays comme la République centrafricaine, où il a travaillé en 2014. «Évidemment, ils sont inquiets. Mais ils me soutiennent dans mes choix et c'est très important. Une fois sur place, on se retrouve rapidement isolé et de savoir que les êtres chers nous soutiennent est essentiel.»

La famille de Konstan Lebeau n'aime pas du tout le voir partir en zones dangereuses. «J'ai fait vivre beaucoup de stress à ma conjointe, explique l'ingénieur. Durant mes voyages, qui duraient trois semaines, elle évitait de regarder les nouvelles. Par chance, on pouvait communiquer avec Skype ou un téléphone mobile. Le pire, c'était pour ma petite fille de 4 ans à l'époque: elle trouvait le temps long sans nécessairement tout comprendre. Lorsque le taxi arrivait à la maison pour me reconduire à l'aéroport, c'était très dur à vivre. L'atmosphère à la maison était lourde et très triste.»

Prime de danger

Chez Médecins sans frontières, aucune prime n'est offerte aux professionnels qui se rendent dans les secteurs les moins hospitaliers de la planète. La réalité est différente au privé. «Je recevais entre 50 et 60% de plus que mon salaire habituel au bureau, indique l'ingénieur de Solumation. Il y a un prix rattaché à une telle situation, en plus du fait que nous sommes éloignés de la maison pour plusieurs jours.»