Les jeunes du secondaire ne sont pas les seuls à avoir besoin de consulter un orienteur. Aujourd'hui, plus de la moitié des adultes s'interrogent sur leur vie professionnelle. C'est ce qui a inspiré le thème de la 8e Semaine québécoise de l'orientation, «Pour un travail à ma mesure», qui s'adresse cette année aux adultes et se déroule du 4 au 10 novembre.

Caroline Rodgers, collaboration spéciale LA PRESSE

Selon une étude du professeur Charles-Henri Amherd, de l'Université de Sherbrooke, 50% des Canadiens souhaitent changer d'emploi ou de carrière. De plus, 60% des Québécois souffriraient de «solitude de carrière», un état de questionnement et de remise en question professionnelle qui pourrait conduire environ 20% d'entre eux à la «souffrance de carrière», laquelle risque de déboucher sur l'épuisement professionnel ou la dépression.

«Ces gens en solitude de carrière n'ont souvent personne vers qui se tourner pour avoir une discussion sérieuse au sujet de leur vie professionnelle, dit Laurent Matte, président de l'Ordre des conseillers et conseillères d'orientation du Québec. C'est pourquoi nous avons décidé de sensibiliser la population québécoise aux besoins d'orientation et aux ressources offertes pour y répondre.»

Toute la semaine, des ateliers gratuits seront offerts dans les différentes régions du Québec aux adultes qui souhaitent amorcer une réflexion sur leur situation professionnelle.

«Quand on parle d'un «travail à ma mesure», comme le dit le thème de la semaine, il ne s'agit pas d'un travail «sur mesure», ajoute-t-il. On ne veut pas ici exagérer en disant qu'on va trouver l'emploi idéal et réaliser tous nos rêves. On parle d'un travail qui convient à nos capacités et à nos besoins et dans lequel on se sent bien. La bonne attitude, c'est de se dire: que puis-je faire dans l'immédiat pour aller vers ce que je veux.»

Faire le point pour rebondir

«Le travail répond à différents besoins, sur les plans financier et relationnel, et selon le sens qu'on lui donne. Au cours de sa vie, une personne évolue, et son environnement de travail aussi. Il se peut que le travail ne réponde plus à nos besoins et que l'on ressente un déséquilibre», dit Laurent Matte.

Dans la tête des gens, les conseillers en orientation travaillent dans les écoles. Mais c'est seulement vrai pour 47% d'entre eux.

«On a près de 1000 conseillers qui travaillent auprès des adultes, en cabinet privé ou dans des organismes communautaires, constate-t-il. Ils font un travail d'orientation qui tient compte de ce qu'est un adulte. L'adulte a déjà une connaissance de lui-même et il est déjà engagé dans la vie. Les gens nous arrivent avec des pistes, mais le conseiller les aide à bien identifier et cerner le problème pour trouver les solutions les plus appropriées.»

Souvent, les adultes malheureux au travail se jettent tête baissée vers des solutions qui sont à l'extérieur d'eux-mêmes, tels des cours ou des projets d'entreprise.

«La sagesse dirait de commencer d'abord par bien se connaître, savoir de quoi on a besoin et qu'est-ce qu'on a à offrir, avant d'explorer à l'extérieur.»

Une démarche d'orientation réussie peut parfois faire de petits miracles, même avec des cas lourds.

« Récemment, un conseiller en orientation au Centre local d'emploi de Terrebonne a donné des ateliers de bilans de compétences avec des personnes prestataires de l'aide sociale depuis deux ans et plus, dit le président. On parle de gens qui ont perdu l'habitude du travail et pour certains, perdu l'aptitude à bien structurer leur temps. Il a obtenu des taux de réinsertion de 90% et plus. Le pouvoir de se regarder, de développer une estime de soi, un sentiment d'être efficace et d'avoir quelque chose à offrir, c'est très fort. La partie de travail sur soi permet aussi de voir quelles sont nos ressources et nos limites. Il faut être réaliste.»

Car il peut sembler facile de dire «je vais retourner aux études». Mais dans les faits, il faut évaluer combien de temps on peut y consacrer, quels sont nos moyens financiers, quels sont les programmes d'aide à notre disposition et quelles sont nos contraintes.

«Une fois que l'on a déterminé les limites de la «patinoire», on peut ensuite explorer les possibilités de formations et de carrières disponibles, indique Laurent Matte. Et là, il y a tellement d'information disponible qu'il y a un risque de s'y perdre. Une étude faite à l'UQAM il y a quelques années avait révélé que la surinformation en la matière pouvait mener les gens à ne plus savoir ce qu'ils veulent.»